Cendrillon, un conte sans surprise qui berce les petites filles en quête de prince charmant et leur apprend à devenir des fétichistes du pied? Gérald Sibleyras et Étienne de Balasy ont su percevoir la modernité du conte pour donner un coup de baguette magique sur l’histoire.
Il était une fois une charmante jeune fille, douce et aimante. Son père succombe à la tentation de la famille recomposée en espérant remplacer sa mère morte. Manque de chance, la belle-mère est une marâtre, les deux sœurs des harpies, et le père ne trouve rien de mieux que de rendre l’âme. La belle blonde qui n’est qu’amour et gentillesse est alors réduite au rend de souillon et de bonne à tout faire. Son surnom? Cendrillon. Son rêve quand elle a le temps entre deux corvées? Changer de vie. Alors, quand le beau prince charmant, jeune premier très alléchant, donne un bal pour trouver la perle rare, elle se met à y croire, surtout quand la marraine débarque avec sa baguette pour lui concocter une tenue VIP.
Entre le merveilleux et le déluré
Le décor est composé d’un escalier qui se scinde en deux, de quelques fauteuils et, en fond, d’une toile blanche de projection. Premier étonnement, la maison est loin de ressembler aux vieilles demeures des illustrations de nos livres de contes et le père de la Cendrillon est en costume cravate. Une modernisation très agréable bien que l’aisance bourgeoise puisse paraître excessive. Dans cette adaptation, pas de petits animaux de compagnie à la Walt Disney pour Cendrillon mais une gouvernante soupe au lait ultra protectrice au tempérament de feu et un enfant orphelin que la famille a toujours accueilli à bras ouvert -en tout cas jusqu’à l’arrivée de la belle-mère. La mort du père est traitée par une chanson plutôt larmoyante dont les rimes extrêmement pauvres sont à déplorer. Ceci étant, la fierté et la simplicité du personnage face à sa propre mort permettent aux enfants d’avoir une image touchante et apaisante du grand départ. Les personnages de la belle-famille sont interprétés avec talent par un trio de comédiennes énergiques. Les sœurs sont d’une bêtise clownesque et la méchanceté du gang est amenée avec beaucoup d’humour. Les réactions de Cendrillon, visiblement ravie de découvrir sa nouvelle famille, montrent bien qu’il s’agit d’un cas particulier et non d’une généralité sur les belle-familles.
Du côté princier un majordome et plusieurs agents sont chargés du bien-être et de la sécurité dans le royaume. Il faut absolument trouver une femme au Prince qui en a rencontré tant et tant. Les personnages secondaires sont, de ce côté aussi, bien dessinés et originaux. Le majordome est maniaque et très maniéré ce qui le rend juste assez ridicule pour être émouvant. Le prince et la princesse répondent, semble-t-il, à toutes les attentes des petits. Elle est blonde avec de jolies petites boucles, parle et chante d’une voix fluette. Lui est un beau brun ténébreux au sourire ravageur qui n’attend que l’amour pour être heureux.
Lors de la première partie, le spectacle est agréable bien qu’il ne soit pas surprenant. C’est seulement après l’entracte que la musique prendra son envol, d’un peu convenue elle deviendra plus folle et surtout plus entrainante. Une note particulière pour le duo de la gouvernante et du majordome qui est un vrai régal. Au fil de la pièce, la révolte monte jusqu’à prendre une grande importance, qu’il s’agisse de celle de Cendrillon et la gouvernante face à la belle-mère ou de celle du Prince qui veut trouver une femme parfaite car c’est encore la seule décision que l’on lui laisse prendre de lui-même. L’ensemble est parfois trop long pour des enfants et l’on regrette que la place de la magie et de l’imaginaire soient cantonnée sur scène à une projection qui, si elle est très réussie, n’exploite pas pour autant les vastes possibilités de l’univers théâtral. Adultes et enfants en sortent toutefois d’une humeur festive idéale en cette période hivernale.
Cendrillon
Auteur : Gérald Sibleyras et Etienne de Balasy
Metteur en scène: Agnès Boury
Avec Anjaya, Lola Ces, Isabel Emilia Cramaro, Aurore Delplace , Thomas Maurion, Stéphane Neville, Caroline Roëlands, Jacques Verzier
L’ensemble: Marie Facundo, Serge Leborgne, Jérémy Legrand, Mélusine, Audrey Senesse et Zoltan Zmarzlick.
Jeudi 30 à 15h, Vendredi 31 décembre à 15h, Dimanche 2 janvier à 11h
Théâtre Mogador
25, rue Mogador, 75009 Paris
site web
Réservations: 01 53 33 45 54












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