Andromaque est ce qu’on appelle une pièce de jeunesse dans la longue et riche œuvre de Racine. On le sent non pas par l’écriture déjà magnifique mais par le traitement de la passion amoureuse. Chez le jeune Racine, il y a quelque chose d’adolescent dans ses personnages, une fougue incontrôlable. Alors que plus tard, de plus en plus désillusionné par l’amour jusqu’à sombrer dans la dévotion religieuse, Racine va habiller ses héros de déceptions amoureuses et de tragiques trahisons.

Andromaque et son fils Astyanax sont les prisonniers de Pyrrhus. Cela fait un an que ce dernier, impatient, courtise la Troyenne, prêt à la glorifier aux yeux de tous et à sauver son fils des griffes d’Oreste, représentant des Grecs qui sont aux pieds du palais. Seulement voilà, Andromaque reste fidèle à Hector son défunt mari et Hermione, la promise de Pyrrhus, ne l’entend pas de cet oreille. Elle se sert d’Oreste, amoureux d’elle, pour préparer sa vengeance. Andromaque est l’histoire d’Oreste qui aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime encore Hector ! Un cercle vicieux qui va se briser le jour où l’impensable sera commis…

Crédit photo Christophe Raynaud de Lage

Des statues et des fantômes
Sur la scène de la salle Richelieu de la Comédie-Française, se dressent d’immenses colonnes blanches représentant le palais de Pyrrhus. Tout fait penser ici à la blancheur immaculée de la Grèce antique. Les personnages féminins arborent ce fameux drapé blanc qui rappelle la déesse Athéna et les hommes portent un tissu voilé quasi transparent, fantomatique. Seule Andromaque est vêtue de couleur pâle comme pour la mettre à part, elle, l’étrangère, la Troyenne. Et dans ce palais où le désespoir et le drame sont tout proches, tapis derrière les colonnes royales, on découvre un Pyrrhus joué avec virilité par Éric Ruf, une brute sanguinaire, aussi bien par son aspect physique que par sa voix rocailleuse et puissante, sorte de Rahan grec ! Mais qui devient tellement touchant, tellement faible lorsqu’il se met aux pieds de celle qu’il aime, Andromaque. Face à lui apparait un Oreste fragile, adolescent, efféminé même (Clément Hervieu-Léger) et qui sera capable du pire pour briller aux yeux de celle qu’il aime, lui, Hermione.

Le contraste entre ces deux hommes est saisissant et juste. Mais de manière générale, les personnages restent figés dans une mise en scène peu inventive. Comme des statues (grecques de surcroit), ils semblent incapables de briser leurs chaînes et tentent de se mouvoir sans y parvenir. Les gestes sont dans l’économie, minimalistes au possible, et on a du mal à palper et à saisir dans le jeu des acteurs la haine, la trahison ou même l’amour. Hermione n’a pas l’air aussi démente et revancharde qu’on pourrait le souhaiter et Andromaque, un peu trop coquette, ne semble pas porter assez le deuil d’Hector comme on pourrait se l’imaginer. Et, vers la fin de l’œuvre de Racine, quand la violence de la tragédie survient, on aurait presque aimé voir sur scène le sang jaillir et éclabousser la blancheur aveuglante de ce décor. C’est comme si, lorsque le rideau s’ouvre, nous avions déjà affaire à des fantômes plutôt qu’à des êtres sensibles, comme si le drame avait déjà eu lieu. Seul Oreste dans son ultime monologue semble affecté, anéanti et nous touche véritablement. Il laisse les fantômes d’Hermione et de Pyrrhus errer dans le palais, un palais peut-être trop grand pour les âmes qui s’y perdent.

Andromaque
de Jean Racine
Mise en scène : Muriel Mayette
Avec Cécile Brune (Andromaque), Eric Ruf (Pyrrhus), Céline Samie (Céphise), Léonie Simaga (Hermione), Clément Hervieu-Léger (Oreste), Stéphane Varupenne (Pylade), Aurélien Recoing (Phoenix), Suliane Brahim et Julie-Marie Parmentier (Cléone en alternance)
Costumes : Virginie Merlin
Jusqu’au 14 février 2011
Matinée à 14h, soirées à 20h30

La Comédie Française
Place Colette Paris 1er
Réservations : 08 25 10 16 80 (0,15 € la minute)
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