Peau d’âme est la nouvelle création de la compagnie Bafduska Théâtre, une compagnie créée en 1989 à Paris et désormais installée à Troyes. Elle a pour vocation entre autres de défendre des textes d’auteurs canadiens sous l’impulsion de son directeur artistique d’origine québécoise Sylvain Savard. Forte de cette identité culturelle, la compagnie a su se diversifier en proposant des spectacles de théâtre, des créations jeune public mais aussi des pièces en appartement. Peau d’âMe, même s’il reste interprété par deux acteurs québécois, déroge quelque peu à la règle puisqu’il s’agit du texte d’un auteur français, Benoit Gautier, également metteur en scène du spectacle. C’est l’histoire fantastique et psychédélique du Garçon doré, qui, né dans une famille compliquée, va chercher à s’évader à travers les plus fameux des contes de Charles Perrault. Mais cette échappée ou cette plongée dans une autre dimension va s’avérer être plus proche d’un rite initiatique destiné à un public averti que d’un simple conte pour enfant…

Mieux vaut rêver sa vie que de ne pas vivre du tout
Il faut le dire d’emblée, la compagnie Bafduska Théâtre réussit un tour de force admirable : celui de nous transporter pendant toute la durée du spectacle dans un autre univers emprunt d’onirisme et de poésie pure avec un décor simple et des acteurs omniprésents. Quelques bougies et des éléments de décor gothiques créent une ambiance à la fois sombre et chaleureuse comme si nous étions autour d’un feu, dans la confidence. Assis derrière des tables, les acteurs vont nous lire le texte, ou plutôt nous le conter, nous le jouer comme une fine partition. La musique vient rythmer le tout avec pertinence et sobriété.

Et c’est parti. On entre dans l’esprit et la chair de ce Garçon doré, qui balloté entre un père lui préférant son frère ainé et une mère restant trop passive, va vivre la plus extraordinaire des aventures humaines. Chacune de ses souffrances, de ses désillusions mais aussi de ses joies va se retrouver incarnée de manière psychédélique par son intrusion dans les contes de notre enfance. Ainsi il sera abandonné par ses parents ou plutôt largué d’une camionnette dans une version délicieusement contemporaine du Petit Poucet, incarnera la « peau d’âne » sur les épaules de sa propre sœur ou encore assistera à la transformation jouissive du Petit Chaperon Rouge en sorte de Mme Claude chaperonnant (comme son nom l’indique) des filles des bois !

Mais d’aventure en aventure, entre ogres et princesses, le Garçon doré va se rapprocher de l’âge adulte, de sa propre réalité, celle de sa famille pas toujours belle à voir… Et grâce à l’écriture magnifique de Benoît Gautier, on bascule subtilement du psychédélique au psychologique. Les deux acteurs sont tout simplement formidables. Sylvain Savard, en Garçon doré, susurre le texte à nos oreilles et lui donne du relief en empruntant une voix étrange et captivante d’un homme-enfant. Sa partenaire, Nadine Girard, incarne par petites touches les personnages féminins adoptant des grimaces et des arrêts sur images surréalistes et hilarants faisant penser à un certain humour québécois ! Il faut ajouter à tout cela de constantes références au cinéma « onirique », comme à La Belle et la Bête de Cocteau ou à Barbarella de Vadim, dont Benoit Gautier est très friand. Voilà le voyage qui s’achève après avoir parcouru les artères, le cœur, l’esprit et les songes du Garçon doré qui pourra enfin fermer les yeux en se disant que mieux vaut rêver sa vie que de ne pas vivre du tout.

Peau d’âMe
De et mis en scène par Benoit Gautier
Un conte pour adulte influencé par Charles Perrault
Avec : Sylvain Savard (Le Garçon doré) et Nadine Girard
Le 2 décembre 2010 à 15h et à 19h au Musée d’Art moderne 16 place Saint Pierre 10000 Troyes
Le 10 décembre 2010 à 19 h au Centre culturel canadien 5 rue Constantine 75007 Paris (Métro : Invalides)
Réservations : au 09 52 66 19 59 ou à bafduska@free.fr
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