“Ecoutez mon histoire…” Fred Pellerin, conteur Quebécois, revient à l’Européen jusqu’au 5 décembre après une tournée hexagonale. Ce mercredi 10 novembre, pour la 1ère reprise de son dernier spectacle L’arracheuse de temps, la salle de l’ancien music-hall est comble et offre une atmosphère intimiste, propice aux confidences.
Avec pour simple décor un tabouret, une guitare et une mandoline, le jeune humouriste soulève l’enthousiasme dès ses premières répliques. Avec ses airs d’éternel adolescent, ses lunettes rondes et sa frêle silhouette, il se fait l’écho d’histoires d’un autre temps qu’on raconte à Saint-Elie, sa ville natale.
Dans un hommage à sa grand-mère Bernadette qui disait la “Mort morte” mais qui n’y échappa pas pour autant, il nous ouvre les portes d’un univers aux accents québecois, né de souvenirs ancestraux habités de lutins et de sorcières, de légendes invitant l’anecdote et teintées de moralité.
Génial conteur
On y croise une jeune fille « avec des jolis boudins frisés sur la tête » qui échappe à la mort en s’engouffrant dans un matelas-futon ; un curé-neuf qui fait grand cas de la justice divine ; une extralucide au décolleté plongeant prédisant l’avenir et même le passé ; un forgeron passionné de cartes… Par ses imperfections, ses mystères et ses doutes, ce petit monde loufoque nous est proche et attachant. Le spectateur est prié de laisser sa rationalité au vestiaire : « Il y a des choses, comme ça, tu cherches pas à prouver, tu testes pas. Tu y crois et puis c’est tout ! ».
Avec une langue écorchée et bégaillante, Fred Pellerin semble tester les limites de la compréhension dans un exercice sympathique d’autodérision : “Chui comme vous, je comprends pas tout ce que j’dis non plus…accroche-toi sur le mot à peu près clair et puis voilà”. Oubliez le Bescherelle et le Petit Robert, ce médaillé aux Jeux de la francophonie (en 2001, pour son spectacle « Dans mon village, il y a Belle Lurette »), ne s’encombre ni de règles ni de définitions. Dans sa bouche –dans son « trou de bouche », dirait-il- les mots bousculés deviennent des outils malléables au grès de son imagination et des nécessités du récit.
« Je vais vous raconter quelque chose que j’ai pas dit à Marseille…. ». De potins en digressions parfois improvisées, le conteux instaure une complicité rieuse avec la salle. Œil de larynx, fontanelle aux pouvoirs paranormaux, fijure de la mort : à grand renfort d’inventions langagières, entre deux bafouillages, il nous livre aussi un peu de ses batailles. Quand on vit en Mauricie et qu’on « dort à coté d’un éléphant » anglophone, il n’est pas anodin de se faire le passeur d’une culture québécoise populaire et orale, en territoire français. Le public est conquis : un rappel enthousisaste et Fred Pellerin nous livre de bonne grâce quelques dernières confidences.
L’arracheuse de temps
De Fred Pellerin
Son et direction technique : Steve Branchaud
Du 10 novembre au 5 décembre 2010
du mardi au samedi à 20h30 et les dimanches à 17h
L’Européen
5 rue Biot – 75017 Paris
Réservations : 01 43 87 97 13
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