Concert à la carte met en scène la désespérance d’une vie ordinaire. Une proposition audacieuse de la comédienne Vanessa Larré, d’après une pièce de Franz Xaver Kroetz.
Une femme, un soir. Elle est seule chez elle, comme elle l’est dans la vie. Aussi muette que le sont ses aspirations et ses désirs. Vanessa Larré lui prête sa silhouette noueuse, pour un monologue silencieux de 80 minutes.
Sèche, tendue et élégante, Mlle Rasch, ainsi que l’a baptisée Xaver Kroetz, évolue dans un appartement qu’elle a aménagé avec un soin maniaque. Son corps semble avoir assimilé chaque relief du décor qui compose son cadre de vie. Son esprit paraît concentré sur l’exécution en lieu, temps et heure, d’une succession d’actions simples. Ses trajectoires et ses mouvements témoignent à la fois d’un souci d’économie du geste et d’une ritualisation du quotidien qui portent la marque d’une routine rarement perturbée.
A travers la succession des petits riens qui composent sa soirée, se dessine le portrait d’une solitaire inaccessible. Son organisation excessive, son attention du détail d’ordre domestique le plus insignifiant dévoilent le vide d’une vie sans joie. « Elle retire son manteau, le place sur un cintre qu’elle pend à un crochet sur la porte. Elle enlève une tache sur le dos du manteau. Puis elle va à la fenêtre, tâte le radiateur et sent qu’il est bien chaud. Elle ouvre doucement le store et entrouvre la fenêtre. Elle découvre sur le rebord de la fenêtre quelque chose à enlever, prend un torchon sur le tuyau de vidange du lavabo et nettoie tout le rebord. » (Concert à la carte, « Wunschkonzert », de Franz Xaver Kroetz ; traduction française : Ruth Henry et Robert Valançay)
C’est un automate qu’on a le sentiment de voir à l’œuvre, réalisant rigoureusement des actions programmées. Tâches ménagères, soins corporels, écoute radiophonique, activités manuelles. Mais peu à peu, la machine s’enraille ; les accords dérapent. Le présentateur radio se moque d’elle ou se réjouit de la faire rire. Les gestes de Mlle Rasch perdent de leur efficacité fonctionnelle.
Après avoir découvert son cadre de vie, après l’avoir observée dans son intimité, le spectateur pénètre progressivement dans son inconscient. Une porte de placard s’ouvre, et on découvre un tombeau fétichiste d’objets dépareillés (poupées, tissus, boîtes, bougies). Une autre, et une avalanche de chaussures tombe sur le sol. La blessure affleure à la surface. La coquille de vie que cette femme s’est constituée avec un acharnement méthodique s’affaisse, comme vidée de sa substance. Ce dérèglement a des accents de sursaut salvateur : l’humain semble parler enfin, pour un ultime et unique accroc, un acte extrême qui n’a plus que les apparences du contrôle.
Cette pantomime douloureuse réussit à donner à la banalité une puissance dramatique ; l’insignifiance est montrée dans ce qu’elle a de tragique et d’absurde. L’entreprise est osée : pour sa première mise en scène, Vanessa Larré, au parcours et à la formation de comédienne, se met en jeu dans une prestation solitaire et silencieuse. La scénographie, impeccable, et la création vidéo, son et lumière, sont des composants essentiels au spectacle. Par leur réussite, ils favorisent la création d’une atmosphère pesante, dont le spectateur ne peut sortir indemne. On regrettera toutefois que le jeu et la mise en scène s’éloignent parfois de la sobriété du texte de Franz Xaver Kroetz. Ainsi de la scène de la défécation, ou encore de la danse où la comédienne agite son spray désodorisant en cadence. Ces moments appuyés nuisent à la force du message transmis.
Concert à la carte
Conception, interprète Vanessa Larré
Travail chorégraphique et mise en jeu Véronique Ros de la Grange
Scénographie/costumes/vidéo Chantal de la Coste-Messelière
Création sonore Emmanuel Soland
Création lumière et Régie générale Bruno Valette
Dates de tournée :
Théâtre de Rungis du 20 au 23 novembre 2010 (réservations 01 45 60 79 00)
La Comédie de Genève du 14 au 18 décembre 2010 (réservations +41 22 320 50 01)
Le CDN Dijon Bourgogne du 22 au 25 janvier 2011 (réservations 03 80 30 12 12)
Le CDN Orléans/ Loiret/ Centre du 16 au 18 février 2011 (réservations 02 38 81 01 00)













Pas de commentaire pour l'instant