Conte musical, simplicité, reprise de mythe, enthousiasme (?)

Une parenthèse d’une heure. Histoire d’amour jalonnée de chants et musique folk, références mythologiques, un chien qui s’appelle Père-Noël, c’est prometteur, voire ambitieux, et, finalement il y a un petit truc, un on ne sait pas quoi qui fait qu’on n’est pas tout à fait conquis. Comme quand un choix n’est pas assez clair.

La compagnie Franchement, tu nous propose en ce moment au Théâtre de La Loge, un spectacle comme un chant populaire et doux à l’amour et à la vie, nous raconte l’histoire de cette Eurydice et cet Orphée, vacances en Bretagne avec le chien du grand-père, 14 juillet sur la falaise, la falaise craque, Eurydice tombe, coma, qui est-ce qui reste ? Et si Eurydice revient de là où on est quand on n’est ni mort ni vivant, qu’est-ce qu’il fait, Orphée ?

Orphée et Eurydice sur une falaise, chute, résurrection. Chansons
C’est au sein du Festival 360 (à Lila en Scène) qu’est née la première forme de Sous la falaise, puis au festival Summer of Loge (La Loge) que la forme définitive a été créée. Trois bancs, tout est simple, deux musiciens au fond, on est près des acteurs, la ligne de conduite de leur jeu a l’air claire : au plus près des mots, pas de composition ; la ligne de conduite des chants et de la musique a l’air d’être la même. Et en même temps, étrangement, il y a quelque chose dans ce code de jeu pas si clair que ça, dans ces chants joliment désuets, qui rappelle le cinéma français (Desplechin, Honoré…), un truc naturel mais pas tant que ça, des chants mélancoliques qu’on trouverait bêtes s’ils ne sortaient pas de cette histoire. Et par le cinéma et les chants, on le comprend bien, c’est la narration mythologique contemporaine qui est utilisée pour faire échos aux références antiques, et c’est rudement intelligent. Cependant, c’est plus fort que nous, malgré l’intelligence du propos et de la forme, on sent une légère mais tenace réticence, qui nous laisse un peu circonspect. On voudrait bien, c’est ambitieux, l’histoire est belle, et il y a des moments où sans crier gare on se laisse prendre et on voyage un bout avec les autres, un peu dans le même état que dans un beau film d’amour, c’est loin d’être perdu, on s’en veut d’être si pointilleux.

Ce qui manque, peut-être, tient du fait qu’au théâtre on est plus sévère qu’au cinéma, parce qu’au théâtre, surtout dans la veine simple et populaire (et belle) de ce spectacle, ce sont des gens vrais en face de nous, des choses vraies, on n’est pas petit comme devant un film projeté, la magie n’opère pas par le même biais. On ne peut se rattacher à rien d’autre qu’au fil de l’histoire et du spectacle, le poisson n’est pas noyé. Et on remarque qu’un choix n’est pas fait, ou pas clairement appuyé en tout cas. Parce qu’à des moments, on ne sait pas comment réagir, parce qu’on s’en veut de rire un peu, on a l’impression qu’on devrait être triste mais on n’y arrive pas toujours. On ne sait pas, finalement, si ce spectacle à de l’humour sur lui-même et sur sa propre forme, si il y a un recul ; il doit y en avoir, sûrement, ça point par moments mais trop légèrement pour qu’on soit sûr, et on se sent presque coupable de sourire du pathétique d’une histoire particulière, puisqu’il y a de ça aussi. Et on se sent presque coupable de ne pas être entré complètement, d’être resté sur le pas de la porte, et on hésite sérieusement entre la possibilité d’être devenu un intellectuel asséché qui complique tout et celle d’avoir vu un spectacle presque beau mais avec un manque. On ne sait toujours pas.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Sous la falaise (site web)
Théâtre musical
Texte et mise en scène : Nicolas Kerszenbaum
Avec : Clément Victor, Magali Caillol, Ludovic Pouzerate
Création musicale : Denis Baronnet et Guillaume Léglise
Guitare, basse, piano et xylophone : Guillaume Léglise et KIM
Régie générale : Esther Silber
Production : Compagnie « franchement, tu », festival 360
Coréalisation : Château de La Roche-Guyon, La Loge
Durée : 55mn

13 Octobre à 19H00 / 20 Octobre à 19H00 / 21 Octobre à 21H00 / 27 Octobre à 19H00
Théâtre de La Loge
77 rue de Charonne – Paris 11eme
Réservations: 01 40 09 70 40
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