©Hélène_Tobler

Dans l’obscurité, une voix, au micro, étire les mots, joue avec eux, et soudain le texte prend un tout autre rythme, comme si il était chanté. Seul un écran rond au contour lumineux, suspendu, éclaire le plateau. La lune. Défilent alors des images en noir et blanc entrecoupées du visage de Salomé. Puis, elle entre, elle, la princesse Salomé. Jeune, rebelle jusqu’à la couronne posée sur tête. C’est qu’elle sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. Et, la princesse a jeté son dévolu sur Iokanaan, le prophète. De tout son être. Mais il la rejette. Blessée, Salomé accepte de danser pour Hérode, qui lui promet en échange tout ce qu’elle désire. La moitié du royaume si elle le souhaite. Mais elle ne désire qu’une seule chose : La tête de celui qu’elle aime éperdument…

Le spectateur est tout de suite plongé dans une ambiance music hall très feutrée. D’ailleurs le ton est donné dès le début du spectacle. Dans l’obscurité, cette voix suave chuchotant au micro, qui pourrait très bien être celle d’une chanteuse de cabaret. Côté jardin, un rideau de perles comme un sas, une anti chambre où Salomé succombera au désir d’Hérode et dansera pour lui. Puis au centre du plateau, on peut y voir comme une arène où on assiste à un combat de fauves : qui de Salomé ou d’Hérode sera le plus fort ? Et puis, parfois, on a l’impression d’assister à un spectacle dans un spectacle. Sur le plateau, les comédiens, tour à tour, à l’aide d’un projecteur qu’ils déplacent, recentre l’action sur le personnage qu’il désire « interroger » afin de mieux le comprendre.

De Salomé à Lolita
Cette princesse, Salomé, est interprétée avec beaucoup de conviction par Lolita Chammah. Elle est à la fois cette adolescente rebelle mais aussi séductrice voire provocatrice, elle ira jusqu’au bout afin d’obtenir vengeance. Par ailleurs, la pièce atteint son paroxysme lors de la danse de Salomé. Vêtue simplement d’une chemise d’homme trop grande pour elle, elle danse et chante pour Hérode. Toute en sensualité et en provocation, Lolita Chammah révèle une féminité jusqu’alors dissimulée derrière l’image d’une princesse rebelle un peu ado. Par ailleurs, les autres comédiens ne sont pas en reste, Herode (Georges Bigot), ce roi, qui est un peu la force tranquille et qui est certain que Salomé dansera pour lui. Hérodias (Vanessa Larré), la mère, qui ne veut rien entendre, est très drôle quand elle frise le grotesque imitant les noms d’oiseau qu’Hérode donne à Salomé. Très belle présence également du comédien Julien Mages qui interprète Iokanaan. Cette pièce possède une belle résonance encore aujourd’hui. Salomé, malgré le fait qu’elle ne fait pas le poids face au roi, est une personne jusqu’au boutiste. Tenir tête de nos jours à ceux qui ont le pouvoir demande beaucoup de volonté et de courage mais n’est ce pas le plus beau des combats que de se battre pour les idées auxquelles on croit ?

Something wilde
D’après Salomé d’Oscar Wilde
Mise en scène d’Anne Bisang
Avec Georges Bigot, Vanessa Larré, Juan Bilbeny, Lolita Chammah, Julien Mages
Jusqu’au 14 novembre 2010
Du mardi à 20H, mercredi et jeudi à 19H, vendredi 20H30, samedi 16H et 20H30 et dimanche 16H,
Théâtre Artistic Athévains
45 bis rue Richard Lenoir 75011 Paris
Site web
Réservations: 01 43 56 38 32