Presque comme des mômes, se laisser emporter, les yeux écarquillés.
En fait, ça raconte l’histoire de la poupée Barbie. Non. Ce serait plutôt l’histoire d’une fille qui se retrouve avec deux têtes en plus. Ou celle d’un gars qui veut réhabiliter le crapaud. Ou celle de ceux qui achètent des poupées qui sont plus que des poupées gonflables, ou celle de bien donner le ton quand on lit, ou celle de danser correctement sur du Brigitte Fontaine. En fait, comme une explication enfantine, ça raconte tout ça, et encore plus. En fait, c’est très beau.
La compagnie Le Dahu présente ces jours-ci à La Loge une réflexion scénique sur le thème des poupées, dépassant vite le cadre de celles en plastiques pour se promener dans une mémoire de l’enfance et de ses contes très râpeuse, bien loin des joues rouges et des sourires à faire tomber, et nous conter, puisant dans le théâtre et la danse (butô surtout) un monde où les poupées sont des idéaux de représentation de la femme, presque capables de la remplacer, les contes des éloges aux vainqueurs qui vainquent ceux qui les lisent et l’enfance, ses jeux et son souvenir sont des danses qui touchent à l’envoûtement.
Regard franc, belle simplicité et calcul juste
De cet objet scénique étrange, tenu sur un fil, ce qu’on pourrait craindre, c’est que le moindre pas de travers peut tout déséquilibrer. C’est une vraie question de tenue. Si tout est pensé, bien pesé, on se laisse emporter, et avec plaisir. Et par bonheur, tout est pensé, bien pesé, et on se laisse gagner sans réticence. L’univers sonore et la gestion des lumières ne sont pas innocents là-dedans, ils donnent une peau au spectacle travaillée, percutante, et simple en-même temps à percevoir. Une plongée dans un univers angoissant, lumières de films expressionnistes, marasme sonore d’où s’échappent des voix, et des musiques pas toujours très jolies, danses belles parce qu’organiques et crues, où, comme le dit David Costé (jeu et recherche sonore), « on n’a pas beaucoup envie de rire », que les textes et l’humour qu’ils véhiculent viennent à point nommé mettre à distance pour nous permettre de reprendre notre souffle.
A l’origine, le projet était constitué de duos de danse intitulés Error/Slash/Poupées, et à cette origine est venu s’injecter le texte, les textes. Comme le dit Maëlle Faucheur (conception et danse) : « Je suis à la fois touchée par un théâtre du quotidien, constitué de fragments de vie, de sensations, d’histoires banales et par la danse butô, l’étalage de la chair, la violence et la crudité du corps-âme. » Difficile de mieux expliquer le squelette de leur spectacle. Tout est là, effectivement, dans ce partage savant entre la puissance d’une danse viscérale, qui nous rappelle que petits on croyait dur comme fer aux fantômes et qu’on n’avait peut-être pas tort, qui nous met en face le monstrueux de ces bouts de plastique anthropomorphiques, et l’érudition, la poésie, l’humour tant attendu de ces bouts de textes, très bien choisis, très bien dits, qui nous remettent dans notre peau d’adulte, nous prennent an compte dans une réflexion commune et nous confient que nous sommes tous des utopistes, au fond.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Poupée(s) (site web)
Par la Compagnie Le Dahu
Textes : David Costé et Maëlle Faucheur
Jeu et recherche sonore : David Costé
Conception et danse : Maëlle Faucheur
Lumières : Charlotte Gaudelus
Du 12 au 14 octobre – 21h
Théâtre de La Loge
77 rue de Charonne – Paris 11eme
Réservations: 01 40 09 70 40
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