Pour nous guider dans l’univers du roman d’Albert Cohen, la mieux placée, comme souvent, est la domestique. Incarnée par Anne Danais, elle nous livre ici l’intimité du couple. On connait tous un bout de Mariette, on a tous un peu de Mariette en nous ! Elle est le lien, la spectatrice du premier rang de cette passion romantique, ce qui finit de nous la rendre familière. Émouvante et drôle, elle devine, comprend, et son bon sens nous séduit.
Sur fond de satyre sociale des années trente, la belle Ariane connait l’amour absolu avec Solal. Elle est mariée, mais ils décident de s’extraire du monde pour vivre exclusivement leur passion.
Le petit grelot de la vie
On voudrait parler comme Mariette. Parce que ces mots sont les bons, de ceux qui causent directement à l’âme, sans intermédiaire. Son franc-parler, très imagé, nous embarque tout de suite dans le lit de la « cachoteuse » et de « l’acrobate » ! Elle porte en elle une part de l’humanisme d’Albert Cohen. Toutes les questions existentielles sont présentes dans cette encyclopédie du genre humain. Le génie tient aussi dans la capacité à traiter avec légèreté de questions graves. La théâtralité est déjà là. La densité des émotions et le rythme aussi. Ce qui donne envie de se dégager de toute obligation pour le lire d’une traite, parce que ça devient prioritaire, urgent.
Anne Danais a eu le coup de foudre, incapable de lire autre chose dans les mois qui ont suivi sa « rencontre ». Une histoire d’amour qui dure depuis vingt-cinq ans. Fervente interprète des bonnes du répertoire, elle a extrait toutes les phrases de l’auteur se rapportant au personnage, en les gardant intactes. Drôles et pleines de poésie. « - C’est mauvais pour la santé de lire dans l’eau chaude », ou encore : « si c’est ça l’amour moi j’en veux pas avec mon défunt on aurait fait nos petits besoins ensemble pour pas se quitter et moi je dis que c’est ça l’amour ». Mariette aussi a aimé. « La vie est un collier dont l’amour est le grelot »
Mariette rend ses lettres de noblesse à l’argenterie, balaie, arrange les fleurs avec grâce, et semble gagner sa particule au gré des tâches des petites choses du quotidien. Maintenant qu’elle est veuve, elle parle pour se tenir compagnie, boit du café et chante. La mise en scène d’Anne Quesemand est intelligemment humble et les lumières de Samuel Zucca discrètement complices. La vedette c’est Mariette. Le tout fidèle au joli tempo du roman. Un point de vue différent, une nouvelle lecture indispensable pour aborder cette œuvre si vaste. Le public rit, conquis. « Garantit sur facture » !
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Les soliloques de Mariette (site web)
Extraits de Belle du seigneur d’Albert Cohen
Mise en scène : Anne Quesemand
Avec Anne Danais
Du mardi au samedi à 19h, matinée le dimanche à 15h
Au Petit Montparnasse
31 rue de de la Gaité, 75014, Paris
Réservations: 01 43 22 77 74[/slider]












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