Lorsque l’on va voir une pièce dont le héros se prend pour un extraterrestre, les attentes sont multiples. Quel seront les traitements de la folie, de l’étrange et de l’acceptation de l’autre? On suppose déjà que la toile reliant les personnages devra être tissée par une mise en scène aiguisée et axée sur une psychologie étudiée. Supposition qui sera l’origine d’une certaine frustration.

La vie de Ludovic est visiblement monotone et triste. Il habite seul avec sa mère, une farfelue obsédée par le magicien d’Oz. Pour échapper à la réalité, il s’est inventé un père extraterrestre et construit patiemment un vaisseau afin de pouvoir, un jour, le rejoindre. Persuadé de cela, ne se considérant donc pas comme un être humain, il estime ne pas être apte à ressentir les émotions terrestres. Il émet quotidiennement vers les étoiles un rapport contenant des faits divers récoltés dans les journaux. Ce rapport virulent renvoi une image de l’humanité à ses compatriotes extraterrestres. La vie suit son court jusqu’à ce qu’il rencontre une mystérieuse jeune femme, Cendre, qui va tout remettre en question.

Loufoque en manque de cadre
Dès les premiers instants on sent que les comédiens, si talentueux soient-ils, ne s’en sortirons pas. Perdus face au publics, ils ne savent où regarder. Ludovic et sa mère regardent un téléviseur qui a été placé à l’horizon lointain, bien au-dessus de nous autres spectateurs. Tout est annoncé par ce décalage de jeu, les interprètes sont excellents, bien qu’une certaine inégalité se fasse sentir entre les femmes qui ont un sens de la rupture affuté et le jeune homme dont la mauvaise diction incommode assez, mais la direction d’acteur est bancale.

On peut très aisément pointer du doigt les scènes considérées comme phares et qui ont, de ce fait, été excessivement travaillées par rapport aux autres. Les décors sont simples et efficaces et ceux, dont je suis, qui aiment l’épure seront séduits. Les costumes permettent immédiatement de situer les personnages, mention spéciale pour la boite de médicaments collée au peignoir et les costumes grunges de Cendre. Le texte est très plaisant et bien servi par des comédiens extrêmement investis. Il est à signaler que les lumières sont tout simplement insupportables, d’énormes lampes de plafonds allumées par les artistes selon l’espace scénique utilisé, le tout soutenu par une face légère qui, en effaçant les ombres malheureuses, atténuent un peu l’aspect cadavérique que ces lumières imposent.

La mère est jouée par une comédienne de talent qui a construit un personnage de démente plutôt crédible. Elle reste touchante malgré une direction qui surligne le texte, appuyant notamment sur l’aspect incestueux par des gestes vulgaires qui ne font que minimiser l’impact de cette mère destructrice omniprésente. Cendre est, quant à elle, très excessive et sensuelle ce qui la rend suffisamment vaporeuse pour justifier la suite de l’histoire. L’interprétation du rôle de Ludovic laisse un peu plus songeur car, bien qu’énergique, elle reste imprécise et manque d’une énonciation plus propre. On peut conclure à un manque flagrant de finesse et de précision dans la mise en scène. Sauvé premièrement par la jeunesse de la troupe, deuxièmement par une bonne exploitation de l’étrangeté, celle-ci étant abordée avec suffisamment de douceur et de dureté pour faire balancer le spectateur entre empathie et amusement à l’encontre de Ludovic.

L’ensemble est soutenu par des vidéos qui, pour la plupart, sont inutiles et démonstratives. Qu’il s’agisse des vidéos présentant une émission télé ou des photographies quasi insoutenables de toutes les horreurs humaine, on peut tout simplement s’abstenir de les prendre en considération. Omettant cela et malgré la fragilité de la mise en scène, l’ensemble est sympathique car la qualité du texte et l’investissement des comédiens l’emporte sur le reste.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Facteur Humain (site web)
De Thierry Janssen
Mise en scène de Maxime Leroux assisté de Joséphine Mathis
Avec Delphine Brosset, Marie Burel et Gaël Fourage
du 17 septembre au 5 décembre
vendredi, samedi à 21h15, dimanche à 17h15

A La Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt 75011 Paris
Réservations: 01 43 55 14 82[/slider]