Comme un être parfaitement valide qui s’ignore et s’évertuerait à s’aider d’une inutile béquille, ce jeune humoriste au talent pourtant certain, tant dans le jeu que l’écriture, a trop peur de faire mal ou de mal faire en jouant les démiurges, ce dont il est pourtant capable. En résulte un spectacle qu’il parviendrait, en en gommant certaines boursoufflures, à hisser aux sommets de l’absurde et de la drôlerie. Prometteur donc… mais inachevé.
Lorsque Pierre Desproges haranguait son public pour le tester, cela participait totalement à son processus comique fait d’une habile coalition de cynisme mordant et de constat vitriolé et quasi sociologique sur ses contemporains. La comparaison de Ben avec le génial créateur des « chroniques de la haine ordinaire », aussi abusive puisse-t-elle paraître, se justifie pourtant. Outre le bref clin d’œil où est évoqué la fin du spectacle dés son début (et que Desproges utilisa dans un de ses one man shows), le soin apporté au benjamin sur l’écriture plus qu’aux thématiques soulevées, l’inscrit dans un cercle, qui semble se réduire au fil des ans, des humoristes dotés d’une vraie plume. Mais si le jeu puissant du comédien et qui lui confère une totale confiance en soi dans son appropriation de l’espace scénique, s’avère irréprochable, le texte pèche par les excès combinés de superficialité et d’explicitations itératives de ses effets en trop fréquente inadéquation avec l’absurde qu’il s’entend à revendiquer.
Pourtant, un artiste complet
Ainsi les quelques fulgurances syntaxiques (« Je suis inscrit à la banque de France mais j’aurais jamais le temps d’y aller ») se noient-elles dans des approximations qui témoignent d’un dommageable manque de profondeur et de jusqu’auboutisme que ne rehausseront pas, cela va s’en dire, les quelques grossièretés qui persillent le propos. Coluche était grossier mais il accordait une attention toute particulière à l’être vraiment pour servir sa force comique. Il en va de la grossièreté comme du reste : il faut savoir doser, quitte à avoir la main lourde. Et oser le petit plus qui ne laisse pas naviguer entre deux eaux un propos, comique de surcroit ou se réclamant comme tel. Car l’écho de la salle est alors à l’avenant et les rires tonitruants que déclenchent des Gaspard Proust ou Raymond Devos ne sont ici que timides sourires, comme ceux que l’on arbore face au sympathique bouffon. Ben a l’étoffe d’un artiste complet, sa gestuelle est précise, sa diction parfaite et il sait être drôle comme dans le passage (pourtant mille fois entendu) du candidat à la location ou celui, beaucoup plus original, du coup de téléphone à son père. Reste juste à ajouter un peu plus de matière dans sa copie… Peut-être en gommant simplement le « je » si difficile à rendre universel et en inventant des situations en symbiose avec la forme. Bien frappées donc. Mais pas frappées du sceau du déjà vu et entendu…
Ben
Auteur, mise en scène, interprétation : Ben
Théâtre le Temple, 18 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris (Métro : République)
Du mardi au samedi à 21h30
Location : 08 92 35 00 15
www.theatreletemple.com
Durée : 1h10












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