Écrit à la fin du XIXème siècle, Ubu roi est le premier tome consacré par Alfred Jarry au cycle d’Ubu. Cette satire sociale et politique s’inspire des farces lycéennes composées par Jarry et ses camarades en l’ « honneur » de Monsieur Hebert, professeur de physique antipathique. Dénonciation fantasque de l’autoritarisme, la pièce du père de la Pataphysique est considérée comme l’un des prémices du théâtre de l’absurde.
En dépit de son haut rang et de sa situation enviable, Père Ubu se laisse convaincre par son épouse, elle-même aussi ambitieuse que manipulatrice, de partir la conquête de la Pologne. Tuant leurs adversaires et ceux qui ne leurs sont pas directement utiles, les époux Ubu font preuve d’une absence totale de morale dans leur entreprise. Pragmatique et guidé en permanence par ses entrailles, Ubu est le symbole de la bêtise en marche vers le pouvoir.
« Monsieur Ubu est un être ignoble, ce pourquoi il nous ressemble » (Alfred jarry)
La pièce s’ouvre sur un échange en vieux français entre Père Ubu et sa femme. Le mécanisme impose d’emblée une distance avec l’actualité ; distance que l’adaptation de Stéphane Guérin prend par moment le parti de combler en faisant plus ou moins explicitement référence aux faits d’armes de nos propres dirigeants. Cette dénonciation de la politique-spectacle est notamment appuyée par d’intelligentes mises en abîme remettant en question la position du spectateur.
La scénographie paraît minimaliste : le décor est blanc, théoriquement éloigné de l’univers de l’excessif Père Ubu. Pourtant, le résultat est plus proche du faste ridicule des Nuits Blanches tropéziennes instaurées par Eddy Barclay que de la pureté immaculée. Guérin et Franck Berthier à la mise en scène parviennent à créer un univers oscillant entre froideur et fantaisie festive, émaillé de références culturelles pop(ulaires) allant de Mireille Mathieu à La croisière s’amuse en passant par les jeux télévisés ineptes.
Sur scène, la troupe d’acteurs, bien que parfois limitée par des personnages secondaires aux traits forcés, offre un spectacle réjouissant. On saluera notamment les performances de Marie-Christine Letort et de Teresa Ovidio, respectivement hilarantes dans leur rôle de Mère Ubu et de reine de Pologne dégénérée.
Portée par une bande son délectable (mention spéciale pour La Drogue, titre de 1968 de Richard de Bordeaux et Daniel Beretta), Guérin et Berthier signent une adaptation truculente du texte d’Alfred Jarry qui séduira sans mal son public.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Ubu Roi (site web)
D’Alfred Jarry
Adaptation de Stéphane Guérin
Mise en scène de Franck Berthier
Avec Jean-Philippe Ecoffey, Marie-Christine Letort, Teresa Ovidio, Patrick Palmero, Jean-Pierre Poisson
Du 9 septembre au 31 octobre
Vingtième Théâtre
7, rue des plâtrières, 75020 Paris
Réservations : 01 43 66 01 13[/slider]














Pas de commentaire pour l'instant