Après l’Opéra de quat’sous au Théâtre de la ville la saison dernière, le prolifique Robert Wilson s’attaque à l’une des pièces les plus émouvantes du répertoire du maître du Théâtre de l’absurde.

La pièce de Beckett invite à découvrir la quinquagénaire Winnie, son sac, son revolver et sa brosse à dents « solennellement pure soie de porc garantie ». Winnie trône fièrement, enserrée jusqu’ à la taille au centre d’un mamelon dans lequel elle ne cessera de s’enfoncer. Tout au long de la journée, Winnie soliloque, répétant son amour pour « le vieux style ». Ses monologues mélancoliques sans queue ni tête ne sont interrompus que par les râles occasionnels du placide Willy, son époux. Enfermée dans sa solitude et dans une relation qu’elle voudrait épanouissante, Winnie a tout le temps de voir les beaux jours passer et sa vie se décomposer. Pessimiste, Beckett signait avec Oh les beaux jours ! un texte évoquant avec une fausse innocence la fin de vie accentuant le poids d’un inexorable délitement.

©Luciano-Romano

« Je les bénis les bruits, ils m’aident à … tirer ma journée »
Des lignes rigides, des triangles imposants, des couleurs tranchées… On ne s’étonnera pas que le metteur en scène et plasticien Robert Wilson propose une scénographie usant d’une esthétique géométrique et ciselée pour rendre compte de l’absurde du texte de Beckett.

Réjouissants mais pas toujours compréhensibles, l’accent prononcé et la diction si particulière de l’italienne Adriana Asti servent la recherche sur la déstructuration du langage théorisée par un Beckett amoureux du phrasé rythmé. Au-delà, la mise en scène « cartoonesque » de Wilson, reposant notamment sur des effets sonores surprenants, place son actrice en équilibre sur un fil entre l’héroïne tragique et le personnage de Tex Avery. En résulte une Winnie dérangeante et attendrissante dont les yeux immenses roulent comme des billes à la recherche d’un évènement susceptible de l’aider à « tirer sa journée ».

Porté par une Adriana Asti fascinante, le résultat est une pièce statique, à la mise en scène sobrement fracassante, où l’inaction prend tout son sens.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Oh les beaux jours !(site web)
De Samuel Beckett
Mise en scène de Robert Wilson
Avec Adriana Asti et Giovanni Battista Storti
Du 23 septembre au 9 octobre 2010

Athénée Théâtre Louis-Jouvet
7 rue Boudreau, 75009 Paris
Réservations : 01 53 05 19 19[/slider]