Lorsque cette œuvre d’un genre assez particulier a été créée en 1983, elle était jouée par son auteur, Copi qui est aujourd’hui encore une figure importante du mouvement gay. Dans la pièce les questions du genre, de l’orientation et de la sexualité sont mise en parallèle avec une vision particulière de la vie et de la mort.
L. découvre au milieu de son salon un Frigo. De divagations en divagations, L finit par « comprendre » qu’il s’agit en fait d’un cadeau de sa mère pour son anniversaire. La pièce écrite en forme de monologue est jouée ici par deux personnages qui interprètent à la fois L et toutes les voix qui lui traversent la tête.
Du glauque au superbe
Le texte est truculent, il passe par toutes les cases sans jamais céder à l’ennuyeux. Ainsi, il est parfois franchement drôle, à d’autres moments étonnamment glauque. Cependant, les choix de mise en scène pèsent dès le début. Les deux comédiens sont pliés sur deux chaises et tous deux vont se lever plus ou moins précisément en miroir, tout en émettant un son étrange assez désagréable à l’oreille. Chacun d’eux s’étale du maquillage sur le visage, fond de teint blanc puis rouge à lèvres, très lentement. L’installation est fastidieuse mais pose des codes clairs: il s’agit de deux représentations du même personnage, celui-ci est étrange et se travestit. On comprend très vite que le sexe du personnage n’est pas défini, sa mère lui adresse des « pédé », sa gouvernante « ma petite maitresse », etc. Le metteur en scène aura donc trouvé judicieux de jouer sur l’ambivalence en mettant un homme et une femme sur scène.
Les comédiens jouent indistinctement des personnages masculins et féminins. En vérité tout cela perturbe beaucoup le spectateur qui ne comprendra strictement rien pendant une bonne première partie. De plus, la pièce traite beaucoup de la solitude et le fait d’avoir deux personnages au lieu d’un lui donne un écho qui, au début en tout cas, ne permet pas de comprendre que L parle seul et pas réellement à un autre. Les apparitions sont des caricatures et la mise en scène n’hésite pas, là encore, à en remettre une couche. On ne sait pas vraiment si c’est un genre théâtral de l’extrême ou si on traite la folie. Les comédiens ont une technique remarquable et parviennent très bien à jouer la diversité des voix. Toutefois, le jeu frôle trop souvent l’hystérie et le texte en devient parfois inaudible.
Les idées de costumes codés simples et extravagants sont très bonnes, les accessoires et les changement donnent une ambiance qui correspond tout à fait à l’univers de Copi. Le traitement de la sexualité est trash, violent. Ces extrêmes sont bien exploités même si parfois de manière un peu monocorde. Globalement si l’on a pris ses bouchons anti bruit pour les moments de crise, on peut passer un moment tout à fait agréable. D’autant que le texte est un petit bijou du genre. La fin est étonnamment bien orchestrée. Enfin du silence. Une très jolie installation de la solitude, de la folie. Probablement cette même fin ne fonctionnerait-elle pas sans l’hystérie précédente. On en sort mitigé sur le global mais en tout cas touché par certains passages. Un spectacle qui a besoin de vivre un peu pour trouver son rythme et gagnerait à prendre dix bonnes minutes de manière à ce que le texte respire.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Le frigo (site web)
De Copi
Mise en scène de Christophe Bessy assisté de Julie Saules
Avec Franck Perruche, Zsuzsanna Tarkovacs
Du 10 septembre au 30 octobre
Les vendredi à 20h
Aktéon
11 rue du Général Blaise 75011 Paris
Réservations: 01 43 38 74 62[/slider]












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