Après avoir mis en scène l’Oncle Vania en 2003, Julie Brochen s’attaque aujourd’hui à La Cerisaie, autre monument du répertoire d’Anton Tchekhov et dernière pièce de l’auteur. Risquant la comparaison avec la démonstration magistrale d’Alain Françon à la Colline en 2009, Brochen prend le parti d’une mise en scène axée sur la profonde mélancolie émanant du texte de Tchekhov.

Quelque part en Russie à la fin du XIXème siècle, la fantasque Lioubov Andréïevna rejoint la propriété familiale après avoir dilapidé sa fortune auprès de son amant parisien. Réunis autour d’elle pour la première fois depuis 5 ans, son frère, ses filles, ses amis et serviteurs évoquent la gloire familiale passée. Conscient de la nécessité de vendre le domaine, chacun des personnages appréhende à sa façon la crainte du lendemain. Sans jugement de valeur, le texte de Tchekhov brosse un portrait intimiste de la société russe aux prises avec les prémices de la révolution industrielle. A la nostalgie de l’innocence, symbolisée par cette cerisaie en fleurs, se greffe la thématique du renversement du rapport de force entre maîtres et moujiks.

©Franck Beloncle

Ô mon enfance, ma pureté !
Sur scène, tandis qu’une douce lumière nimbe les acteurs, les frontières de la cerisaie sont matérialisées par une verrière d’où émane une atmosphère chargée d’effluves byzantins. Délicate et -disons-le- féminine, la scénographie imaginée par Julie Terrazzoni est un ravissement visuel, pourtant bien éloigné de la Russie de la fin du XIXème siècle.

La pièce se déroule, des bribes de paroles parfois indiscernables s’entremêlent et l’on peine à trouver des indications de temps et de lieu. De fait, à force de trop suggérer, la mise en scène de Brochen amène parfois le spectateur à perdre le fil. Pour autant, l’excellente distribution porte avec élégance cette étrange rêverie. Égale à elle-même, Jeanne Balibar campe une Lioubov Andréïevna sur laquelle le monde réel semble ne pas avoir de prise tandis que Vincent Macaigne, dans le rôle de l’éternel étudiant Trofimov, ravit de ses tirades enflammées. S’il est clair que les partis pris artistiques de Julie Brochen sont parfois déroutants, il n’en demeure pas moins qu’on ne peut rester insensible à l’ambiance captivante d’une mise en scène où la mélancolie se fait pièce maîtresse.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La Cerisaie(site web)
D’Anton Tchekhov
Mise en scène de Julie Brochen
Avec Abdul Alafrez, Muriel Inès Amat, Jeanne Balibar, Fred Cacheux, Jean-Louis Coulloc’h, Bernard Gabay, Carjez Gerretsen, Vincent Macaigne, Gildas Milin, Judith Morisseau, Cécile Péricone, André Pomarat, Jean-Christophe Quenon, Hélène Schwaller.
22 septembre – 24 octobre 2010 du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h (relâche le lundi)

Théâtre de l’Odéon
Place de l’Odéon, 75006 Paris
Réservations : 01 44 85 40 40 [/slider]