D’une idée magnifique, on obtient un spectacle entre deux eaux, qui essaie d’être simple et risque toujours d’être grandiloquent, et nous laisse indécis, sans savoir si ce qu’on a vu était beau parce qu’aussi joliment bête qu’une vie, ou frustrant parce que tentant d’être beau.
A travers ces quatre pièces courtes, Jean-Paul Wenzel, célèbre pour avoir écrit le magnifique Loin d’Hagondange, s’installe dans la plus petite salle du Lucernaire pour évoquer les instants décisifs et insaisissables d’un parcours d’homme. Y sont comme photographiés le glauque et l’attendrissant d’une première fois, la brutalité d’un amour, la peur insensée de construire quelque chose, la beauté violente du désir… L’entreprise est vaste parce qu’elle tend à transcrire ce qui nous est commun, ce qu’on peut tous avoir connu ou ne serait-ce qu’effleuré. L’auteur nous a déjà prouvé qu’il savait très bien écrire le quotidien, et ces courts textes le prouvent encore, cependant, quelque chose coince dans ce spectacle, qui fait qu’on n’arrive pas à être tout à fait conquis, malgré tous nos efforts.
Quatre fois une légère frustration
Le texte est très bien, les acteurs très justes, et beaucoup d’idées scéniques percutantes, mais ce qui manque finalement à ce spectacle, c’est un choix radical qui puisse nous éclairer. On assiste, comme dans un recueil de nouvelles, à quatre évocations de vie, un format très intéressant qui met l’eau à la bouche. Tout ici est avoué, il n’y a que quatre acteurs, qui jouent donc différents rôles, le décor est chaque fois rudimentaire et évocateur, et les changements scéniques entre les pièces se font à vue à la lumière d’un néon, tout ceci faisant montre du choix d’un théâtre dans la continuité de Brecht, où personne n’est sensé être dupe de la fable. Cependant, ce choix est inexistant à l’intérieur des pièces ; dès qu’une histoire se met en place, les acteurs se mettent à jouer (très juste), le quatrième mur refait surface, et on assiste à des scènes de facture très classique. Le projet perd alors de son intérêt, on se retrouve dans une situation très confortable, comme au cinéma, et ce qui manque cruellement, c’est le vivant.
Pourquoi Jean-Claude Wenzel ne s’amuse-t-il pas à nous surprendre ? On ne demande que ça, les textes qu’il a écrits sont tout à fait appropriés, la structure générale du spectacle le laisse entendre, mais malheureusement il met en scène chaque partie d’une manière un peu peureuse. Par exemple, il est dommageable de mettre une bande son d’océan quand la scène se déroule sur une jetée, ou d’oiseaux quand c’est une forêt, car le lieu, la presque nudité du plateau et l’énigmatique toile tendue offrent beaucoup plus de possibilités que l’enfermement dans un réalisme. Par contre, la magnifique lumière qui vient de la porte du fond sur la première pièce et nous aveugle presque, la danse endiablée de cette femme coincé ou encore l’homme face à un mur qui dit regarder l’océan, ce sont des partis pris (on veut le croire) forts et bouleversants, qui en disent bien plus que tout le reste et nous amènent définitivement ailleurs, dans la poésie pure de ce que peut être notre vie à nous qui ne sommes pas des héros. L’erreur de ce spectacle finalement intéressant, est peut-être de vouloir parler à tout le monde, au risque de décevoir ceux qui aiment qu’on leur parle personnellement.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] 5 clés (site web)
Ecrit et mis en scène par Jean-Paul Wenzel
Avec Jade Duviquet, Lou Wenzel, Thibault Vinçon, Jean-Paul Wenzel
Du 25 août au 09 octobre 2010
Du mardi au vendredi 21h
Théâtre Lucernaire
53 rue Notre-Dame des Champs
75006 Paris
01 45 44 57 34
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