Malgré des comédiens inspirés, le texte de Lee Hall, dont a été conservée la composante tragique au détriment de la verve cynique et drolatique, ne parvient pas à hisser ce spectacle vers des sommets. Ce huis clos familial tourne en rond malgré ses personnages attachants. Manque un piment dans cette cuisine : celui de la férocité…

Une mère alcoolique et anorexique qui s’oublie dans les bras des hommes pour oublier son mari cloué dans un fauteuil roulant et qui se prend pour Elvis. Sa fille vierge et boulimique qui cultive le goût de la solitude et du sacrifice. Dans ce triangle déboule Stuart, bellâtre passablement siphonné et d’une inculture abyssale, amant de la mère mais lorgnant aussi sur la fille.

Voilà un spectacle qu’on aurait aimé adorer. Tout y est et pourtant il manque un truc, un liant à cause duquel la sauce ne prend pas. Quel est-il ? Pas si simple à identifier. Cette pièce est une tragicomédie, cela ne fait aucun doute. Difficile de réussir le parfait équilibre entre deux genres opposés quand on veut les fusionner, sans risquer de tomber dans l’outrance et, pire encore, la caricature. Or c’est là que se situe le hic. Les comédiens font un sans faute et même si certains n’ont pas l’âge de leur rôle, ils défendent ardemment un texte qui ne leur offre pourtant pas grand-chose. Oscillant sans cesse entre Charybde et Scylla, entre tragique et comique, il ne se pose jamais assez longtemps sur l’un ou sur l’autre pour émouvoir ou faire rire. S’en suit un état de flou permanent où s’immisce le pire ennemi du spectateur : l’indifférence. On ressort de cette « Cuisine… » plus écœuré que rassasié. L’humour british, ce parangon du décalage et du cynisme, n’opère pas ici. Le parti pris de mise en scène de faire dans la sobriété totale est respectable mais pas convaincant. Car ce spectacle finit par nous donner une seule envie : réécouter les standards du King. Jolie cerise sur un gâteau gâté…

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La Cuisine d’Elvis (site web)
De Lee Hall
Traduction : Frédérique Revus et Louis-Charles Sirjack
Mise en scène : Régis Mardon
Avec Anne Puisais, Benoît Thévenoz, Laurence Porteil et Eric Desré
Lumières : Thomas Jacquemart
Scénographie : Marion Thelma
Costumes : Louise-Alice Véret
Au Lucernaire, 53 rue Notre-Dame Des Champs, 75006 Paris (Métro : ND des Champs)
Jusqu’au 26 septembre du mardi au samedi à 18h30
Durée : 1h10
Photo : Pierre Rigae
[/slider]