S’attaquer à des figures historiques, écrire et incarner des mythes du XIXè siècle n’est jamais un exercice aisé. La compagnie Bacchus ose confronter les figures de Pierre-Joseph Proudhon et Gustave Courbet pris tous deux dans un contexte, celui du siècle des idées et des révolutions.

Tout se déroule dans l’atelier de G. Courbet à Ornans. Une toile immense est en cours « L’atelier du peintre », prétexte au sujet de la pièce et au déchaînement des passions qui traversent chacun des personnages. Courbet en premier lieu, écartelé entre le besoin de vendre ses toiles pour vivre, son refus d’être un artiste du pouvoir (le Second Empire a alors usurpé la révolution de 1848) et son goût pour la vie et la bonne chère. Jenny ensuite, le modèle du peintre, libre et rebelle, incarnant les balbutiements de l’émancipation féminine. P-J Proudhon, philosophe politique, penseur libre et pourtant si rigide, visionnaire pétri de contradictions. Jojo enfin, le paysan braconnier, conservateur sans trop savoir pourquoi. Courbet se lance dans cette immense toile, une « allégorie réelle » qu’il souhaite proposer pour l’Exposition Universelle de 1865. Mais il sait, et Proudhon le lui confirme, qu’elle ne sera pas acceptée. Il veut donc ouvrir le Pavillon du Réalisme comme un défi à l’Empire et propose à Proudhon d’écrire le livret de cette exposition unique. C’est autour de ce dessein que la pièce prend forme et nous balade entre ces deux grandes figures du XIXè que les formes opposent mais que le fond réunit. Courbet s’exprime dans une langue populaire aux accents franc-comtois quand Proudhon manie le verbe avec justesse et calme sauf à évoquer les révoltes qui le brûlent, c’est alors qu’il perd son masque d’ascète pour s’animer en tribun. Au beau milieu de ces dialogues percutants, la sensuelle Jenny vient perturber les hommes dans leur misogynie en pointant leur aveuglement et en osant débattre à leur hauteur. Pour la dernière scène, c’est le peuple à travers le personnage de Jojo le braconnier qui s’invite à la table. L’aveuglement et la soumission qu’il montre en exemple viennent conforter Proudhon dans ses pensées libertaires.

Une incontestable réussite
De cette immense ambition, il fallait en faire une pièce et lui donner du crédit. La compagnie Bacchus, servie par des comédiens époustouflants nous conduit avec brio dans cet atelier où résonnent les frémissements d’une époque. On est ébahi par le charisme d’Alain Leclerc (Courbet), la fraîcheur éclairée d’Adeline Moncaut (Jenny), le jeu tout en retenue de Jean Pétrement (Proudhon) et la truculence de Lucien Huvier (Jojo). Le rythme est enlevé, l’ennui absent, la langue précise et juste. Ici, des rires francs résonnent et des frissons de révolte viennent souvent chatouiller le spectateur. Dans la salle comble, le public grisonnant ne s’est pas trompé. On ne saurait que trop recommander à la jeunesse de visiter l’atelier de Courbet.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Proudhon modèle Courbet (site web)
Compagnie Bacchus
Interprète(s) : Alain Leclerc, Adeline Moncaut, Lucien Huvier, Jean Pétrement
Mise en scène : Jean Pétrement

Du 8 au 31 juillet
Espace Roseau
Collège Saint-Michel / 8, rue Pétramale
84000 Avignon
04 90 25 96 05 [/slider]