Philippe Avron, acteur et auteur, foule la scène pour la première fois en 1960 aux côtés de Jean Vilar. Depuis, il a joué avec les plus grands du théâtre comme Peter Brook ou Roger Planchon et au cinéma avec René Clair et Albert Lamorice. Mais parallèlement, il n’a cessé de jouer seul en scène au cabaret, au départ, où il avait la liberté d’écrire et de reprendre ses spectacles. Pour le festival d’Avignon, il présente, à 81 ans, sa dernière création intime et bouleversante, « Montaigne, Shakespeare, mon père et moi ».

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce spectacle où vous remontez aux sources, à l’enfance, vous parlez même d’Alzheimer à l’envers ?
« Mon père et son amour de Montaigne, en particulier grâce un petit livre d’une écriture plus simple que celle des « Essais » où Montaigne parlait de son enfance, de l’amour de l’écriture et d’un mode de vie. J’ai été précipité au sens chimique vers ce spectacle qui pour moi, est une nouvelle marche à gravir, peut-être la dernière. Je ne sais pas si j’aurais l’énergie pour un autre spectacle. Le thème de la filiation c’est Alain Timar, directeur du Théâtre des Halles, qui m’en a soufflé l’idée. Une filiation qui passe par le livre, chose de base, le seul héritage que mon père m’est légué, lui, qui était juriste et haut-fonctionnaire. »

Dans le spectacle, vous parlez du « ton juste », trouver le ton juste, est-ce là l’une de vos quêtes ?
« Etre juste c’est comme une symphonie parfaite. La vie vous propose des choses qu’on rate ou qu’on réussit. On doit charger son cours d’eau, créer sa vie. J’essaie de trouver le ton juste dans l’écriture, toujours mieux écrire et dans le jeu, ce que j’appelle « jouer haut ». Le ton juste il est dans la vie alors il ne nous reste qu’à trouver le sens de la vie, faire les bons choix, avoir le désir d’aimer, de comprendre, de se comprendre… »

Vous évoquez aussi le secret, chacun a un secret que les autres ne doivent pas connaitre, est-ce que c’est le vôtre qui vous donne cette extraordinaire force de créer et d’écrire depuis si longtemps ?
« Ah le secret ! C’est très important ! Michel de Montaigne dit qu’il y a dans les objets, dans les êtres, un secret « improphétisable ». C’est le secret du sens des choses, la quête d’ici et maintenant, avoir la conscience, savoir où on est comme Cézanne silencieux devant le personnage qu’il peint. C’est peut-être ça son secret. Me concernant, je suis dépendant de tant de choses : la santé, l’amour du théâtre et du public. Je jongle entre force et fragilité. Depuis longtemps, je suis lié à Avignon, ville qui est signe d’exigence pour moi. J’y trouve ma place, j’y suis dans la création complète. Je suis heureux d’être là. C’est magnifique. »

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Montaigne, Shakespeare, mon père et moi (site web) 
de Philippe Avron
Festival Off d’Avignon, Théâtre des Halles
jusqu’au 29 juillet à 19h30 (relâche le 25 juillet)
Réservations : 04 32 76 24 51 [/slider]