Véritable « éloge funèbre », La Pecora Nera qui c’est tenu le 29 juin 2010 au Théâtre de la Ville, est une pièce étonnante où la folie devient une fable terrible. Un témoignage et un jeu bouleversant que nous présente avec justesse Ascanio Celestini.

Bosch, Foucault, Depardon, … Celestini. Beaucoup d’hommes, et pas des moindre ont déjà osé parler de folie et d’asile. Que ce soit en peinture avec La nef de fous de Bosch, en littérature avec Surveiller et punir de M.Foucault, ou encore en vidéo avec Urgence et San Clemente de G.Depardon, c’est au tour de Ascanio Celestini de porter le sujet sur les planches.

Nous sommes loin de représentations éprouvantes comme dans les pièces de Sarah Kane, mais il y a du génie dans l’écriture de La pecora nera. Entre poésie et dénonciation le texte raconte. Sur scène c’est Nicola, jeune homme schizophrène qui sert à son auteur, Ascanio Celestini, d’allégorie à la société de consommation. Nicola, enfermé dans un asile, n’en sort qu’une fois part semaine afin de se rendre au supermarché. C’est là tout le propos de l’auteur, la perdition de l’être face au besoin matériel.

Bien que le thème puisse paraître banal et évidant, il n’en est rien. Vécu comme une quête de l’appartenance, c’est dans la perdition des repères et la confusion de la réalité que Nicola plonge sa vie. Dans son délire, nul n’est à sa place, Nicola faisant une méprise entre le directeur du supermarché et celui de l’asile, qui apparaissent comme les incarnations des nouveaux Prophètes au milieu de brebis galeuses.

Mais c’est avant tout de politique dont nous Ascanio Celestini. En guise de critique vis-à-vis des « fabuleuses année 1960 » et de leurs exaltations économique, l’auteur dénonce le mensonge en exposant la vérité. La brutalité d’actes meurtriers, la violence de la réalité, tout cela se mêle avec amertume à une fantaisie extravagante.

De la réalité au décor
Dans une scénographie sommaire, où l’on croise des mannequins de vitrine, la place prédominante est faite à la folie. Pour trame de fond ce grand rideau vert, comme un fond de trucage de cinéma où il serait possible d’y projeter ce que l’on veut, ou de s’enfermer un peu plus dans cet asile psychiatrique.

Ascanio Celestini aussi bien dans son texte que dans sa représentation scénique n’explore pas réellement l’espace de l’asile psychiatrique. Rien à voir avec les descriptions que Michel Foucault nous en fait, pour Ascanio Celestini, il ne s’agira que de grammaire et de ressemblances. L’asile est ici un lieu du pouvoir pour l’Église catholique. Les malades sont enfermés sous l’œil (mal)veillant de bonnes sœurs et du directeur de l’asile, emblème castrateur de l’éducation sexuelle répressif des religieuses. Dans le récit de Ascanio Celestini les malades ressemblent à des objets, des plantes.

Ascanio Celestini le reconnaît, il n’est pas un expert en psychiatrie. Il propose simplement l’histoire de Nicola, jeune homme faible et malmené par la vie, qui a construit en lui un double lui permettant l’accomplissement de ses délires, de sa violence et de ses pulsions sexuelles.

En somme, il est tenu pour morale de dire que ce lieu rendrait fou celui qui ne l’est pas à son arrivée. Et c’est avec passion et non compassion que le spectateur est happé par ce témoignage. Poussant chacun à réfléchir à son mode de consommation, cette folie de l’ordinaire semble être à la portant de tous, posant sur nos têtes les séismes de la véritable souffre.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La Pecora Nera (site web)La Pecora Nera
De Ascanio Celestini
Metteur en scène, dramaturge et acteur : Ascanio Celestini[/slider]