2040, la religion catholique est désertée. Seulement 22 millions de fidèles qui ne pratiquent même plus, malgré les adaptations successives de l’institution aux moeurs de ses contemporains jusqu’aux célébrations de mariages homosexuels. Le pape n’est plus élu que pour quatre ans par l’ensemble de la communauté et pour la première fois de son histoire, une papesse accède au Saint Siège…

Et quelle papesse ! Élancée et sexy, tout de noir vêtue, cette fille d’une starlette junkie de Los Angeles apparaît face aux caméras pour son discours d’intronisation. Il n’est plus question de fastes et d’or, l’Eglise a tout vendu, le Vatican racheté par les banques, son territoire réduit à une centaine de mètres carrés. Même la tiare est fausse, une simple réplique. Sur les ruines du catholicisme, la première papesse de l’histoire nous conte sa vision de la chose religieuse, ses intentions de reconquête. Croire n’est plus d’actualité, Dieu n’existe pas, on le sait tous, le Christ était athée, publicitaire visionnaire et martyr subtil…

La papesse américaine est un texte d’Esther Vilar qui brûle tout sur son passage. Il aurait pu tenir de l’absurde mais rien ne sonne vraiment faux, ni même décalé. Tout y apparaît crédible, un peu fou certes, mais étrangement vrai. La cohérence des arguments est implacable et s’appuie sur une observation ironique de la société et de la religion. On se laisse embarquer dans cette fiction avec abandon, impatients de savoir jusqu’où sera poussée l’impertinence. Jusqu’au dernier fil d’or de la sainte chasuble, jusqu’à laisser le spectateur sous le charme de cette papesse sans foi ni loi, prête à tout pour ramener les brebis égarées dans son troupeau clairsemé. Jeanne II interprétée par l’hypnotique Nathalie Mann, premier Saint Père avec paire de seins, nous fascine, nous déroute, nous convainc. Son rythme, ses modulations nous maintiennent à l’écoute, on la regarde souffler pendant les pauses publicitaires comme une boxeuse de charme entre deux rounds dans une lumière rouge crue. Elle revient plus iconoclaste que jamais et nous fond dans son moule de noir vêtue, sensuelle, impertinente, la religion n’est plus affaire de vertu. Puis elle passera du noir au blanc cousu d’or, l’uniforme la ramène dans la sphère de l’autorité. Évacués fantasmes et liberté, place au retour de l’ordre, au discours sonnant réalité.
Nathalie Mann, pleine de grâces, saurait conquérir jusqu’au dernier des infidèles. Avignon, chaque jour, la célèbre dans une petite salle qui aurait pu être son palais, autour de ce texte follement libre rappelant qu’il y a urgence à tout oser.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La Papesse Américaine (site web)
Cie Fracasse
Interprète Nathalie Mann
Mise en scène Thierry Harcourt
Texte de Esther Vilar
Adaptation Robert Poudérou

Du 8 au 31 juillet
Collège de la Salle – Théâtre de l’atelier
Place Pasteur
84000 Avignon
04 90 39 19 13[/slider]