Quel est donc ce lieu mystérieux ? Que peut bien vouloir nous raconter Patrick Robine dans ce spectacle au titre étrange, pas vraiment alléchant, carrément surprenant ?
Quand on n’a jamais eu affaire au talent de Patrick Robine, on est d’abord inquiet comme un autostoppeur qui verrait un type louche s’arrêter, lui sourire et lui proposer de monter. L’hésitation est naturelle, le recul prudent, l’inquiétude saine. Et puis le type louche se révélerait être un rigolo, un original affabulateur de l’absurde. Un gars qui vous emmènerait dans des histoires à la Boris Vian avec des sentiments, des vrais mais entourés de folies surréalistes. Un voyageur de l’imaginaire qui vous offrirait une balade dans son sablier mental un peu agité. Un farceur grave qui sourit vers le bas. Quand on a affaire à Patrick Robine pour la première fois, c’est ainsi qu’on est… perturbé. Un peu frénétique aussi, car pour peu que l’on pénètre dans son univers avec curiosité, on a de grandes chances d’être absorbé, pris au piège de son voyage, ensablé dans un conte mouvant.
La ferme des concombre, c’est donc l’eldorado que cherche une bande de doux rêveurs illuminés, emmenés par le père du petit Patrick dans les années 70. Un voyage en forme de quête, la traversée d’un désert, une quête de l’absurde où l’on croise de drôles d’espèces loufoques auxquelles on voudrait croire tant il les incarne avec justesse. Une galerie de personnages haut perchés, suspendus à leurs rêves délirants. Tout cela vu par un enfant comme une évidente normalité.
C’est d’ailleurs peut-être cela que cherche à évoquer Patrick Robine dans ce texte foisonnant. Un monde trop complexe, trop sec que seuls les mirages de l’imagination permettent d’appréhender. Un monde où le banal fait peur et les hippocampes terrestres de l’Atlas rassurent. De la folie douce de Patrick Robine surgit une poésie aux accents particuliers que la richesse des mots et ses images nourrissent, tout comme son corps torturé dans des grimaces hilarantes de vérité. Mise en scène par Jean-Michel Ribes au théâtre du Rond Point, « La ferme des concombres » navigue sur les territoires décalés de l’absurde sans jamais s’embourber. Les artifices sont inexistants, tout repose sur le feu intérieur du comédien et cette histoire dont on veut connaître le dénouement sachant pertinemment qu’il n’y en aura pas. Les détails fusent, on en attrape quelques uns, laissant les autres s’enfuir car s’il est une leçon que nous inflige Patrick Robine dans ce spectacle, c’est qu’on peut voyager sans visa sur les territoires de l’imagination. Les frontières sont ouvertes, à chacun d’en dessiner les contours.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La ferme des concombres(site web)
De et par Patrick Robine
Mise en scène Jean-Michel Ribes
Du 7 au 30 juillet à 11h15
Théâtre du Chêne Noir
8bis, rue Ste Catherine
84000 Avignon
04 90 82 40 57
www.chenenoir.fr
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