Dans les toilettes des femmes, une discussion s’engage entre la dame pipi et deux clientes à peine soulagées. Une discussion s’engage ou plutôt une succession de monologues accompagnés se mettent à résonner dans ce lieu d’intimité où la parole peut s’ouvrir, laissant les confidences les plus secrètes s’exprimer. Elles partent tout naturellement – contexte oblige – du sexe de la femme, le « ça » qu’une des trois dame n’ose identifier autrement, pour explorer des contrées plus tortueuses de leur féminité, du plaisir à la violence subie, du mariage à la maternité.
« Cut » est une pièce exploratrice, ni militante, ni voyeuse, elle cherche à percer les mystères de la féminité, partant de l’intime pour interroger l’universel. En s’ouvrant, ces trois dames nous font passer du rire léger au malaise tragique, les sentiments de l’une étant toujours soutenus ou provoqués par les deux autres dans un mouvement choral où les répétitions viennent renforcer l’écho du propos. Trois personnages aux contours différents mais dotés du même sexe, vecteur de honte, de plaisir ou des crimes les plus atroces quand il s’agit d’enfanter. Car ce sont bien les femmes qui mettent au monde les monstres et de ce fait, elles ont aussi « du sang sur les mains ».
« Cut » est avant tout un texte d’Emmanuelle Marie d’une beauté, d’une richesse rare. Tout y est juste, de la structure audacieuse avec ses répétitions à plusieurs voix et ses coupes brutales à la langue imagée et subtile éloignant le propos de toute vulgarité. Le rythme des mots qui s’enfuient de ces dames ballote le spectateur entre rires et larmes et l’emmène sur les chemins du sensible. Portés par trois comédiennes à l’engagement intense (Stéphanie Quint, Marjolaine Pottlitzer, Julie Charbonnel), ces trois destins de femmes nous concernent, nous inquiètent, posent à tous (homme ou femme) des questions justes et dérangeantes. Servie par le jeune Tristan Willmott, la mise en scène utilise les objets les plus banals des toilettes publiques (papier hygiénique, balai à franges, blouses…) pour transporter le spectateur dans les souvenirs, les angoisses, les fantasmes des personnages. Cela s’avère rudement efficace.
Cut nous secoue pendant une heure quinze avec rythme et sens dans les méandres de ce que Léo Ferré appelait « cette blessure », rideau du corps fermé sur l’âme des femmes. C’est la réponse convaincante d’une époque à ces questionnements éternels.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Cut (site web)
d’Emmanuelle Marie
par la compagnie de l’envolée (www.ciedelenvolee.com)
Interprètes : Stéphanie Quint, Marjolaine Pottlitzer, Julie Charbonnel
Mise en scène : Tristan Willmott
Du 8 au 31 juillet
Théâtre du Bourg Neuf à 22h30
5bis, rue du Bourg Neuf
84000 Avignon
04 90 85 17 90
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