Ah Avignon, ses remparts, son Palais des Papes, son pont, sa chaleur et son…quoi déjà ? Son festival bien sûr ! Quand on arrive au festival, il faut se vêtir de sa combinaison et entrer en immersion complète. Voilà mon immersion d’une semaine en Avignon.
Premier jour : Début de l’immersion. Arrivé de Paris dans l’après-midi à la gare d’Avignon, je redécouvre… la chaleur ! Au moins 15 degrés de plus ! Pas de spectacle aujourd’hui, juste un avant-goût du tumulte, de l’ambiance. Affiches accrochées partout, parades de troupes assommées par la canicule, tracts qu’on vous tend, tracts qui jonchent le sol comme une pelouse de papier. La ville n’a pas changé, magnifique avec ses ruelles dallées, ses chapelles, son Palais. Quoique, il y a une sculpture étrange sur le parvis : un éléphant appuyé sur sa trompe ! C’est pas moche mais heureusement ce n’est que provisoire ! Bon, allez, demain il faudra éveiller ses sens…
Deuxième jour : Je m’immerge un peu plus. Je prends la navette fluviale qui rase le fameux pont pour aller voir de l’autre côté du Rhône, Le petit cirque des ânes, un spectacle pour enfants mais il fait très chaud sous le chapiteau! Retour à la ville dans la fameuse rue des Teinturiers, infranchissable lorsqu’elle est bondée de monde ! Direction Marguerite Duras, la musique du désir, un spectacle mêlé de textes et de chansons. Duras apparait sur scène ou plutôt l’actrice qui l’incarne à merveille et nous touche avec un décor et des émotions simples. L’ami qui m’accompagne se fait dédicacer le texte et prend la pose avec l’actrice. Ça tombe bien c’est son anniversaire ! Le soir, je découvre Villeneuve lez Avignon, charmante cité médiévale que je n’avais encore jamais visitée. Tiens, l’Espagne vient de remporter le mondial de foot.
Troisième jour : Immersion ratée ! C’est aussi comme ça Avignon ! Je n’ai aimé aucun des spectacles que j’ai vu alors nul besoin de les citer ! Ah si, un cabaret burlesque, La dernière rose, une histoire un peu alambiquée mais avec acteurs-musiciens très touchants. Nous étions peu dans la salle. Ce jour là, je rate aussi l’invit d’une amie pour un spectacle du In. La chaleur est oppressante. Je m’énerve un peu… Bref, journée de m… !
Quatrième jour : Immersion retrouvée. Le premier spectacle est intéressant comme l’indique son titre De l’utilisation de la poupée Barbie dans le théâtre contemporain du début du XXIe siècle ! La suite est meilleure, Le cheval évanoui de Sagan, vaudeville contemporain dans un château anglais. Les acteurs sont bons et la mise en scène enlevée. Le fils de famille aisé est hilarant et mérite la palme du meilleur acteur ! Arrive un beau moment de théâtre avec une figure du festival, Philippe Avron. Un des grands poètes qu’il nous reste. Il évoque avec humanité Montaigne, Shakespeare et son père (voir article Théâtrorama). Il a 81 ans et le sourire d’un jeune homme, le verbe puissant et le regard lucide. Comme il sait que ce sera peut-être sa dernière marche, il parle du slam, des poètes d’aujourd’hui comme pour passer la main. J’ai envie de pleurer. Le soir, j’entre pour la première fois dans la cour d’honneur du Palais des Papes ! Le cadre est somptueux, à couper le souffle mais pas le vent ! Le vent qui caresse le décor de Papperlapapp, superbe spectacle sur la religion à l’esthétique parfaite. Le spectacle est aussi dans la salle : des gens contestent, huent, partent. A la fin, quelqu’un crie au scandale et je ne comprends pas pourquoi… A la sortie, une amie m’interpelle, je ne l’ai pas vu depuis 10 ans ! C’est Avignon.
Cinquième jour : En pleine immersion. Ce matin, j’interview Philippe Avron au téléphone. Il est adorable. Encore envie de pleurer. En début d’après-midi, j’ai un peu mal à la tête mais cela ne m’empêche pas d’apprécier les délicieux jeux de mots de Vincent Roca, maître incontesté en la matière, digne héritier de Devos. Le chroniqueur du Fou du Roi s’en donne à cul joie euh à cœur joie pardon ! Je continue à rire avec Vendu un duo comique percutant qui n’hésite pas à critiquer de manière parfois trash le démon de l’argent. J’ai bien ri mais j’ai perdu mon téléphone ! Pas grave, faut enchainer avec Leçon d’anatomie, l’histoire d’une femme à l’apparence froide qui dissèque sa vie et son mari, un politicien que tout le monde aime sauf elle. Un mari qui est représenté sur scène par un mannequin de vitrine. C’est bouleversant d’abord parce le texte est un bijou, une pure découverte et ensuite par ce que l’actrice, Micky Sebastian, est magistrale. A la sortie, j’espère une interview qui me sera accordée pour le lendemain (voir entretien Théâtrorama). Je cours pour une dédicace de Philippe Avron. Il est fatigué, ça se voit. Je suis encore ému. Il ne reste plus qu’à aller fêter le 14 juillet avec des amis ; le feu d’artifice est superbe.
Sixième jour : Immersion asiatique. Le premier spectacle, Break’O, est un cabaret japonais génial, frais, inventif et drôle ! Les acteurs, en sortant, nous remercient par un sourire et un «aligato» ! Le deuxième spectacle, Riz au lait, est diamétralement opposé ! C’est une suite d’images fortes, belles mais terriblement sombres. Ça vous tord le cœur. On dirait du David Lynch… J’en frissonne. Rien de mieux qu’une bonne glace avignonnaise pour s’en remettre ! Arrive l’interview de Micky Sebastian dans le jardin du plus chic hôtel de la ville. Pendant qu’elle me répond, je me souviens qu’elle est la voix de Sharon Stone et de Samantha dans Sex in the City. Elle est adorable. Allez hop c’est reparti pour un one man. Chris Esquerre est tout simplement une révélation. Il a un talent incroyable pour dénicher des magazines improbables et en faire tout un spectacle à hurler de rire ! Je suis lessivé mais je trouve l’énergie pour voir le Théâtre du Maquis et son Cabaret des hérétiques ; une satire jouée, chantée et dansée du dogme religieux à l’époque des Cathares. C’est fabuleux, poétique, jouissif ! (voir entretien de Pierre Béziers). Tiens, Vincent Roca est là aussi. En rentrant, je croise l’acteur du Cheval évanoui, c’est Avignon !
Dernier jour : Fin de l’immersion. Allez encore deux spectacles. Le premier, Luxtime, inspiré de Tati, est… une catastrophe ! Je le cite pour ne pas y aller ! Il faut vite oublier avec Monstres du Théâtre du Maquis. Mais juste avant, quelqu’un me fait un signe. C’est Micky Sebastian, l’actrice de Leçon d’anatomie. Je lui ai parlé du spectacle, elle vient le voir. Assis autour d’un café, une dame m’entend fustiger le spectacle sur Tati : « C’était horrible, je l’ai vu » dit-elle ! C’est Avignon, faire le bouche à oreille à une terrasse ou le défaire ! Je retrouve Carine, l’attachée de presse souriante du Maquis pour Monstres, un spectacle psychédélique et onirique qui nous plonge dans nos entrailles, réveille nos peurs et nos angoisses, tente d’apprivoiser les monstres en nous ! Une extraordinaire actrice et chanteuse et un contrebassiste suffisent pour nous envoûter. Superbe ! Et c’est fini Avignon, juste le temps d’une dernière terrasse avant de faire rouler la valise sur les dalles de la Cité des Papes.
Il faut alors quitter sa combinaison pour retrouver un Paris plus triste. Je serais bien resté un peu plus. Heureusement, l’année prochaine, ça recommence !
Marguerite Duras, la musique du désir
jusqu’au 31 juillet à 14h45 au Théâtre L’Albatros
Réservations : 04 90 86 11 33 / 04 90 85 23 23
La dernière rose
jusqu’au 28 juillet à 20h30 au Théâtre Le Célimène
Réservations : 04 90 82 96 13
De l’utilisation de la poupée Barbie dans le théâtre contemporain du début du XXIe siècle
jusqu’au 31 juillet à 12h15 à l’AFEV (relâche le 26 juillet)
Réservations : 06 15 90 01 53
Le cheval évanoui
jusqu’au 31 juillet à 15h10 au Théâtre Le Cabestan
Réservations : 04 90 86 11 74
Philippe Avron : Montaigne, Shakespeare, mon père et moi
jusqu’au 29 juillet à 19h30 au Théâtre des Halles (relâche le 25 juillet)
Réservations : 04 32 76 24 51
Vincent Roca : « Vite, rien ne presse ! »
jusqu’au 31 juillet à 12h25 au Théâtre des Béliers
Réservations : 04 90 82 21 07
Vendu !
jusqu’au 31 juillet à 15h30 au Théâtre Le Capitole
Réservations : 08 99 70 60 51
Leçon d’anatomie
jusqu’au 31 juillet à 19h à La Tâche d’encre (relâche le 26 juillet)
Réservations : 04 90 85 97 13
Break’O
jusqu’au 31 juillet à 12h20 au Théâtre de L’Etincelle (relâche le 27 juillet)
Réservations : 04 90 85 43 91
Riz au lait
jusqu’au 30 juillet à 13h40 à La Condition des Soies
Réservations : 04 32 74 16 49
Chris Esquerre
jusqu’au 31 juillet à 20h au Théâtre Le Paris
Réservations : 08 99 70 60 51
Le cabaret des hérétiques / Théâtre du Maquis
jusqu’au 31 juillet à 21h45 au Théâtre Buffon
Réservations : 04 90 27 36 89
Monstres / Théâtre du Maquis
jusqu’au 31 juillet à 13h30 au Théâtre des Corps Saints
Réservations : 04 90 16 07 50











Pas de commentaire pour l'instant