La célèbre pièce d’Alfred Jarry est actuellement jouée à la Comédie Française. Cette pièce inusable tire son inspiration de son ancien professeur de physique, M. Hébert au lycée à Rennes. Alfred Jarry et ses camarades voyaient ainsi résumé toute la part du grotesque qui se dégageait de cet enseignant. Jarry s’en servira plus tard pour créer cette œuvre originale pleine de fantaisie dont le grotesque est la figure de proue de cette pièce. Mise en scène par Jean-Pierre Vincent, Ubu est pensé comme « un chewing- gum qui cache des oursins. ». Pour Jarry, « Ubu n’est qu’un tyran et un bourgeois stupide mais aussi un anarchiste parfait ». Dire « merdre » répondait à un désir de liberté qui sourdait au début XXème siècle. Pour Jean-Pierre Vincent, l’équilibre cette pièce tient à la subtilité d’un humour qui ne fonctionne que dans l’effleurement du cauchemar. Jarry joue avec finesse sur cette provocation de ce cauchemar tragi-comique dont on ressort avec une angoisse poisseuse. Cette pièce s’apparente à un ovni tombé du ciel dans une société de l’époque pour le moins corsetée.

Crédit photo Brigitte Enguérand

L’extravagant destin du Père Ubu
Ubu, pair du royaume de Pologne, découvre les bienfaits de l’assassinat du roi Venceslas grâce aux conseils que lui prodigue sa femme, mère Ubu. Un nouveau Macbeth est né, tout en pacotille prêt à saisir les rênes du pouvoir. Aidé en cela par le Capitaine Bordure, il attente à la vie du roi. Son trépas conduit la reine et son fils Bougrelas à l’exil. S’accaparant le trône, il n’aura de cesse d’exterminer la noblesse, les magistrats et les financiers. Ainsi privés des castes les plus représentatives et les plus dangereuses de la société, il peut désormais asseoir son pouvoir en se délectant de sa bassesse dont il se repaît. Mettant à profit « sa machine à décerveler », il élimine ses ennemis avec férocité (dans des combats tirés tout droit des dessins animés) jusqu’à déclarer la guerre à la Russie et son Czar. Vaincu après une bataille désopilante avec le Czar, il décide de fuir avec sa femme en France.

Une chandelle verte éclatante
Jean-Pierre Vincent a choisi Serge Bagdassarian et Anne Kessler pour incarner le couple des Ubu. Ces deux comédiens jouent avec brio de leurs physiques avec une grande dérision soulignant la force comique de l’œuvre. Mère Ubu apparaît frêle alors que père Ubu impressionne par sa corpulence qui appelle le respect. Tous deux apportent une fraicheur à l’œuvre en rendant compte de sa complexité. On notera le jeu sobre de Michel Robin (le roi Venceslas) et de Gilles David (le Capitaine Bordure) qui apportent une note juste au propos de la pièce. Il est certain que cette pièce mythique ne se donne pas ainsi. Elle revêt les accents les plus divers, les couleurs les plus grotesques aux plus sinistres. Elle nous questionne par les prophéties qu’elle semble annoncer. Bien que publiée à l’orée du XXe siècle et ignorante des grandes tragédies de ce siècle, elle s’appuie tout de même sur la mémoire amnésique de l’humanité. Il est clair que Jean-Pierre Vincent a allumé la chandelle verte du père Ubu d’une éclatante façon.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Ubu roi (site web)
Mise en scène de Jean-Pierre Vincent
Avec Martine Chevallier, Anne Kessler, Michel Robin, Christian Blanc, Christian Gonon, Nicolas Lormeau, Clément Hervieu-Léger, Grégory Gadebois, Pierre Louis Calixte, Serge Bogdassarian, Stéphane Varupenne, Adrien Gamba-Gontard, Gilles David et Imer Kutllovci.
Du 2 juin au 15 juillet

La comédie Française
Place Colette, 75001 Paris
Réservation: 0825 10 16 80 10
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