Pouchkine, cet auteur russe si prolixe en son temps, qu’il est alors considéré comme le père de la littérature russe, investit l’espace très intime du Tambour Royal, avec une troupe et une mise en scène pleine d’énergie.
Pouchkine retrace la journée précédent le fameux duel au pistolet qui confronta le plus grand et le plus controversé poète de Russie à l’amant supposé de son épouse, le cavalier français d’Anthès. Au terme d’une vie tumultueuse marquée par l’invention de la littérature russe, le bras de fer idéologique avec le Tsar et les scandales de mœurs à répétition, l’intenable Pouchkine décide de provoquer le jeune monarchiste insolent venu de France, le ténébreux Georges-Charles d’Anthès qui courtise outrageusement la mère de ses enfants, la splendide Nathalia.
Le metteur en scène Ewan Lobé Jr a choisi ici de souligner le caractère fougueux et insatiable de cette personnalité russe, pétrie de contradictions, dans un espace volontairement réduit (le bureau de Pouchkine) qui invite au jeu des confidences et fait en même temps ressortir le caractère bouillonnant du personnage.
Une journée donc pour raconter une vie, mais surtout la trajectoire un peu folle de ce rebelle moderne, de cet homme traditionaliste et moderne à la fois, dont les origines noires sont ici clairement revendiquées.
Dans le sillon du théâtre romanesque
On est frappé tout d’abord par l’extrême jeunesse des personnages et de leurs interprètes. Celle de Dostoïevski, bien sûr, (âgé alors de dix-sept ans à peine) venu à la rencontre de son idole mais surtout la jeunesse et physique et morale du héros, Pouchkine.
Ce dernier virevolte, boit, éructe, charme, écoute, affûte ses répliques comme son épée. On lui prête pour rival un certain d’Anthès (le fantôme d’Hugo plane aussi sur le plateau). Le romanesque est de tous les instants.
Car Ewan Lobé creuse le sillon romanesque de ses personnages tout en s’attachant à la singularité psychologique de chacun d’entre eux : de l’éclat inutile de l’épouse de Pouchkine en opposition à la beauté solaire mais ici voilée de la sœur de cette dernière (belle présence sur scène de la comédienne Bérengère Jullian), en passant par l’admiration du jeune Dostoïevski qui n’exclut pas déjà son goût pour la morgue.
On est ici au théâtre dans le sens classique du terme : dans le sens où la parole est action, plus que l’action elle-même. D’où l’importance du texte qui doit faire mouche. Comme un duel incessant avec le public. A la fin de l’envoi, ce Pouchkine nous touche !
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Pouchkine (site web)
Ecrit et mis en scène par Ewan Lobé, Jr. assisté de Tess Tracy
Avec Samuel Brafman, David Augerot, Tess Tracy, Hélène Schweitzer, Kevin Chemla, Bérengère Jullian, Isabelle des Courtils, Pierre-Antoine Bonifacio, Romain Bertucca Plantie
Direction artistique : Audrey Brière
Costumes : Romain Bertucca Plantie et Audrey Brière
Musique : Jean-Philippe Carboni
Théâtre du Tambour Royal
94 Rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris
Mercredi et jeudi à 20h30, mardi à 19 heures, dimanche à 15 heures
Jusqu’au 11 juillet
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