Comment vivre “sa” vie lorsqu’on est siamoises ? Deux soeurs, unies par la hanche, nous entraînent dans un monde caustique et déjanté, où l’amour acide côtoie la jalousie fusionnelle, où le vivre à deux forcé vacille entre tendresse et cauchemar. “Siamoises, c’est comme un étranger sans papiers, homo, handicapé, noir et gros”

Comment faire pour trouver l’Amour quand une autre est collée à vous dès la naissance ? Comment faire pour vivre la vie des autres, unique et “à l’unité” ? Entre bons et mauvais souvenirs depuis leur enfance, Adèle et Angel retracent leurs difficultés et leurs bonheurs de vivre attachées l’une à l’autre. Cet être bicéphale, dont la condition est peu racontée dans notre monde individualiste et individuel, nous renvoie à nos propre personnalités au sein d’une famille, d’un couple, aux rapports à l’autre, quels que soient le lien qui nous unit. Elles livrent une jolie réflexion, troublante et émotionnelle, au-delà d’un phénomène atypique, dans laquelle deux soeurs aspirent à la normalité, quand d’autres rêvent d’une vie extra-ordinaire.

“Être accro à quelque chose, c’est s’asservir”
Dans un univers burlesque, Adèle et Angel, prisonnières de leur corps commun, s’unissent et se déchirent. Accompagnées de leur double de poupées… séparées, elles nous brossent d’abord un portrait d’une vie idéale sans l’autre, où les choses simples de la vie quotidienne deviennent les plus fantastiques et incroyables du monde : faire ses lacets ou de la balançoire ressemble à un véritable moment de joie pour elles. Mais les chamailleries infantiles reviennent très vite au-devant de la scène : celles-ci se transforment en coups bas, voire même en propos durs et mordants. “Toi, tu es une pièce rapportée, comme un sac à dos”. De la haine à la jalousie, l’autre devient un enfer lorsque l’intimité est en jeu. “Tu te sers, tu dépouilles, tu pilles ce qui est à moi”, dit l’une, qui réussi à s’évader en se créant un monde intérieur. Elle imagine que son pot de crème devient le désert lorsqu’elle laisse la trace de ses doigts dans l’épais liquide blanc, où elle se voit rencontrer Lawrence d’Arabie. “Tu fais écran à mes projections de mon monde intérieur”. Un monde éphémère vite effacé par la soeur, qui ose utiliser la dite-crème sans gêne, n’ayant aucune autre vie que celle partagée avec sa moitié. 

Et pourtant, l’amour fraternel est bien présent. A deux, on se sent plus fort. L’humour qu’elles pratiquent, comme un bonbon à la fois doux et acidulé, laisse une place à ces êtres différents face au regard des autres, mais tellement classiques pour une fratrie. L’attache physique est aussi une attache sentimentale. “Est-ce qu’on se plaint ? C’est le prix de l’éternité. tout ce qui est bon va par deux : Roméo et Juliette, Jules et Jim, Tom et Jerry, Smith et Wesson…”, philosophent-elles.

La forme du cabaret pour raconter ce que vivent Adèle et Angel permet toutes les audaces et les excentricités à Florence et Magali, soeurs à la ville comme à la scène. Elles chantent, dansent (et font même de l’aérobic !), se tapent dessus sans aucune retenue ni concession. Tantôt apaisées, tantôt rebelles, elles laissent les émotions circuler de l’une à l’autre. Sur un regard, la connexion s’établit. Elles font front s’il le faut (“Tremblez, femmes ordinaires, nous sommes deux en une : à la fois épouse et maîtresse”), fortes de leur histoire commune. Parfois émouvantes, parfois impudiques, parfois hystériques mais toujours drôles, elles déroulent le texte poétique de Jacques Dor avec beaucoup d’énergie et d’envie. Entre chansons, acrobaties et pas de danse (le Tango hanche-à-hanche est un régal), elles nous transportent dans leur monde de fêlés de la vie dans lequel elles n’aspirent qu’à une chose : être comme tout le monde. Mais pour le bonheur des spectateurs, on les préfère collées à jamais.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Les Siamoises (site web)
De Jacques Dor
Mise en scène de Caroline Gay
Avec Florence et Magali Domec
Jusqu’au 24 juin
Les jeudi et samedi à 21h45

Théâtre Pixel
18 rue Championnet, 75018 Paris
réservations : 01 42 54 00 92
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