Le Misanthrope et l’Auvergnat n’est certes pas la pièce la plus connue d’Eugène Labiche. Ecrite en 1852, cette comédie « vaudevillesque » en un acte arrive au moment où Labiche est déjà le grand auteur comique de l’époque avec le triomphe de Un chapeau de paille d’Italie. C’est l’histoire de Monsieur Chiffonnet, un rentier atrabilaire haïssant ses contemporains et un monde où tout n’est que « mensonge, vol et fourberie ». Il se méfie comme de la peste de ses domestiques et décide d’organiser un diner pour dire ses quatre vérités à ses « amis ». Mais la rencontre avec le porteur d‘eau, l’Auvergnat, va venir bouleverser la donne. Ce dernier, amoureux de la vérité, va fasciner notre misanthrope qui va l’engager pour faire tomber les masques de l’hypocrisie ambiante… Mais tel est pris qui croyait prendre car cette franchise va lui jouer des tours. Il va tenter alors de changer l’esprit de cet auvergnat trop honnête. Réussira-il à lui faire changer de camp ? Qui de la vérité ou du mensonge va triompher ?
Labiche en chansons
Disons-le tout de suite, la jeune compagnie La boîte du souffleur réussit avec brio le pari de nous faire aimer cette pièce méconnue. Tout d’abord par une mise en scène efficace et enlevée qui va chercher son inspiration dans les racines du vaudeville. Les personnages occupent l’espace : ils surgissent, bondissent, virevoltent comme on aime à se l’imaginer avec du Labiche. Chaque recoin de la scène du théâtre, des escaliers de pierre aux portes dérobées, est utilisé avec intelligence et pertinence. Ensuite, parce que les acteurs sont tous bons : de Chiffonnet le misanthrope et Machavoine l’auvergnat qui savent nous faire rire de leurs travers et de leurs bons mots, en passant par Prunette, la soubrette malhonnête, qui subtilise de l’argent à son maître jusqu’au soi-disant ami de Chiffonnet, Monsieur Coquenard, qui ne pense qu’à lui emprunter des sous. Les acteurs incarnent tous à merveille des stéréotypes du vaudeville auxquels ils apportent une véritable humanité. Enfin, et c’est un point essentiel, la musique et la chanson ont une place prépondérante car la troupe a décidé de prendre à la lettre le sens premier du mot « vaudeville » c’est-à-dire une « pièce de théâtre en chansons ».
La compagnie a décidé d’intégrer des airs connus du début du XXème et là encore, le pari est réussi. Théâtre et chanson se mêlent harmonieusement et les acteurs chantent bien ; chaque air choisi par la troupe fait mouche et tombe au bon moment du récit. On assiste ainsi à de grands moments comme avec la chanson des domestiques ou encore avec « Sur la commode » où l’hilarante Mme Coquenard agite son éventail avec frénésie ! Deux des comédiens ont composés également une musique originale sur huit couplets de la pièce. Ils les interprètent sous nos yeux au piano et à la batterie (oui, oui, à la batterie !) et ça fonctionne parfaitement ! Autant dire qu’on ne voit plus le temps passer avec cette compagnie très prometteuse qui nous donne envie de chantonner en sortant de la salle. La troupe s’apprête à jouer pour la première fois au Festival Off d’Avignon cet été alors souhaitons-lui bonne chance. Labiche est aux abois !
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Le Misanthrope et l’Auvergnat (site web)
D’Eugène Labiche
Mise en scène de Jean Barlerin et Chrystèle Lequillier
Avec Laure Duffréchou (Madame Coquenard), Florient Flavier (Machavoine), Jean-Christophe Frèche (Monsieur Coquenard), Elsa Furtado (Prunette), Manon Gilbert (Domestique et pianiste), François Pérache (Monsieur Chiffonnet), Hugo Sablic (Domestique et batteur)
Musique : Manon Gilbert et Hugo Sablic Lumières : Jean-Philippe Morin
Jusqu’au 17 juin
Mercredi et jeudi à 20h
L’Essaïon Théâtre
5 rue Pierre au Lard Paris 4ème
Réservations : 01 42 78 46 42
Festival Off d’Avignon
A l’Espace Roseau
du 8 au 31 juillet 2010 à 18H30
www.laboitedusouffleur.fr[/slider]












Pas de commentaire pour l'instant