Hanock Lévin est un auteur reconnu. L’un des sujets principaux de ses pièces est l’échec social. Ses personnages sont enfermés dans un lieu, un état et, comme c’est le cas de Kroum, se débattent contre la fatalité.

Kroum rentre d’un long voyage en Europe. Tous les habitants de la cité l’attendent et veulent savoir ce qu’il a découvert. Malheureusement le voyage a été décevant et l’imagination de Kroum ne laisse pas beaucoup de place à la concurrence. Face à ce qu’il espérait, tout lui a paru fade. Bien vite il est rattrapé par sa réalité: sa mère veut un petit-fils, Trouda veut un enfant, Tougati veut des conseils. Seulement Kroum rêve d’autre chose. Il ne parvient pas à aimer celle qui le désire ardemment, ne parvient pas à vouloir satisfaire sa mère, n’est pas même un bon ami. Kroum, dans sa cité, remue la poussière en maugréant.

Des couleurs et de la poussière
Lorsqu’on entre, les comédiens/personnages sont installés sur le bord de la scène et nous regardent arriver. L’air las, ils semblent à la fois nous juger et nous envier. On croirait presque voir nos jeunes de cité regardant passer les adultes au départ pour la ville. Le décor est intelligemment conçu, un long tissu est étalé au sol avec de la peinture éparpillée de ci de là. Au fond est figuré un balcon. Une table, un matelas et quelques accessoires suffiront à différencier les espaces. Les interprètes sont habillés d’un sarouel et d’un t-shirt blanc qui seront peinturlurés à mesure que les spectacle avance. Parfois, un élément s’ajoute, permettant de distinguer les différents rôles. On est ainsi tout de suite plongé dans la cité de Kroum, son lieu de vie.

Bien que pertinent, le texte est un peu longuet et larmoyant. Heureusement, l’acidité de certaines répliques renforcée par une mise en scène pétillant fait disparaître cet écueil. Les acteurs sont inégaux mais tous ont une propreté et une précision qui est probablement due à une direction d’acteurs efficace. Le quatrième mur est absent, les comédiens considèrent le public comme les habitants de la ville. De ce fait, un beau rapport s’installe entre eux et nous. Nous sommes concernés et touchés par ce qui arrive. Les espaces sont mouvants, la poussière et la peinture semblent de plus en plus présentes. Envahis, nous commençons à sentir cet étouffement que Kroum nous décrit. Les espaces sont bien définis, on se promène dans les recoins de la cité. Il est à regretter qu’à la fin, ayant compris où tout cela voulait en venir, la succession de plaintes, de commentaires et de malheurs paraît fastidieuse. Du coup on en sort mitigé alors même que le spectacle est d’une grande qualité.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Kroum l’ectoplasme (site web)
Hanokh Levin
Mise en scène de Rahim Nourmamode
Avec Antonin Autran, Linda Azoulay, Farid Deghiche, Benoît Lerat, Leïla Ouni, Valéry Valère, Julien Verdier, Noémie Vidal Chirinian, Florianne Voyer
Jusqu’au 11 juille
Les jeudis, vendredis, samedis à 22h

La Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris
Réservations: 01.43.55.14.80[/slider]