Le Théâtre du Rond-Point propose de découvrir un spectacle tout récemment créé par Mar­cial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi. Il s’agit pour les deux artistes de mettre en scène et en musique la vie de Rosa Luxembourg, personnage héroïque du communisme allemand, assassinée en 1919.

Le spectacle s’ouvre sur un morceau électro à la fois sensuel et entrainant : Je touche la masse. Il s’agit peut-être du morceau le plus intéressant de la création en ce qu’il fait véritablement le lien entre les problématiques de l’interprète et de l’héroïne : toucher les foules (chacune à sa façon, chacune avec ses outils). Déjà, le dispositif scénique mixant différents écrans vidéo et musiciens jouant « live » se met en place. Des chorégraphies sensuelles nous explosent au visage tandis que la musique et la voix perçante de Diterzi nous saisissent. L’instant d’après, c’est un tout autre univers qui nous est présenté : depuis sa prison, Rosa Luxembourg correspond avec ses amies Sonia, Luise et Mathilde mettant à jour sa ferveur et sa solitude. Exaltée, déterminée et humble… Ce ne sont pas les adjectifs flatteurs qui manquent pour décrire cette femme dont les deux artistes dressent un portrait-patchwork à partir des moments importants de sa vie.

Ce que nous voulons : tout

crédit photo Michal Batory

Avant toute chose, dissipons les malentendus : le parti pris de cette Rosa la Rouge n’est pas de tenter vainement de remettre le communisme au goût du jour mais plutôt de porter la réflexion sur la question de l’homme révolté. Qui peut de nos jours prétendre porter la révolte ? Et pour quelle révolte ?

Pour soutenir cette réflexion, la création ne craint pas le mélange des genres. Entre un duo romantique avec Lambert Wilson sur fond de clip vidéo kitsch, un extrait de péplum ou une séquence vidéo mettant en scène un groupe d’ouvriers peignant des slogans anarchistes… C’est une multitude d’univers qui sont présentés afin d’éviter de réduire l’héroïne à son statut de militante et, au-delà, de tenter d’universaliser son combat.

Une voix cristalline dans un corps de sylphide, difficile de ne pas tomber sous le charme Claire Diterzi dont les albums Boucle et Tableau de Chasse recèlent quelques perles de poésie, d’humour et de sensualité. Sa rencontre avec Mar­cial Di Fonzo Bo et sa confrontation avec cette figure de la révolution qu’est Rosa Luxembourg la conduit à plus de gravité. Entre rock, électro et fanfare, sur le fil de l’émotion et du divertissement, la chanteuse continue de tisser l’univers si particulier qui est le sien en lui ajoutant aujourd’hui une dimension politique.

Sur la question de la forme, il faudra tout de même constater que le public ne sait pas vraiment sur quel pied danser : est-il de bon aloi d’applaudir entre les morceaux émaillant la création? Le flou règne et le rappel sur une reprise du Madame Rêve de Bashung ne parvient pas à mettre les choses au clair. Etait-ce une pièce de théâtre chantée ou un concert joué auquel nous avons assisté ? La réponse importe peu, cet hybride délicieux sera parvenu à ses fins : entraîner le spectateur à la rencontre (inattendue) de deux femmes captivantes.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Rosa la Rouge (site web)
De Claire Diterzi et Marcial Di Fonzo Bo
Mise en scène Marcial Di Fonzo Bo
Chant et guitare Claire Diterzi
Batterie et machine à sons Etienne Bonhomme
Hautbois Cédric Chatelain
Cor Baptiste Germser
Du 11 au 22 mai, 21h (dimanche, 15h)

Théâtre du Rond-Point
2bis, avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
Réservations : 01 44 95 98 00

En tournée :
26 et 27 mai 2010 : Scène Nationale d’Orléans
1er juin 2010 : Hangar 23 – Rouen
9 juillet 2010 : Festival Contre-Courants – Avignon[/slider]