Après sa majestueuse mise en scène en 2009 du Gertrude de Baker (avec Anne Alvaro dans le rôle-titre et trois autres acteurs que l’on retrouve dans cette Ronde du Carré), Giorgio Barberio Corsetti reprend possession de la scène de l’Odéon pour y présenter l’un des derniers textes de l’auteur grec Dimitris Dimitriadis.

Désir de possession, rupture, retrouvailles, émancipation ; ce sont toutes les étapes de la relation amoureuse qui sont racontées par Dimitriadis : Vert et Verte, mari et femme, se retrouvent après que Verte ait déserté deux ans le domicile conjugal. Cielle et Ciel décident de consulter un spécialiste du fait de problèmes « mécaniques » dont est victime ce dernier. Violette annonce à Violet qu’elle le quitte pour Gris, son meilleur ami, tandis que Jaune et Rouge, éperdument amoureux de Bleu, décident de le contraindre à avouer sa préférence pour l’un d’eux. Ces quatre situations amoureuses s’imbriquent les unes aux autres pour un résultat… percutant. Jouées une première fois, les scènes seront « remixées » à plusieurs reprises prenant le spectateur dans un tourbillon étourdissant. Mais la machine se grippe, toussote, et les protagonistes s’y perdent, démontrant ainsi l’impossible quadrature du cercle des relations amoureuses.

crédit photo Alain Fonteray

En général, les histoires d’amour finissent mal…
Le spectateur découvre quatre groupes de personnages qui ne sont liés entre eux que par les acteurs endossant plusieurs rôles. Si l’excellente troupe parvient à rendre véritablement palpable le rythme de la création, on retiendra plus particulièrement Christophe Maltot dans les rôles contrastés de Jaune et de Noir et Cécile Bournay dans le rôle de la passionnément aveuglée Cielle.

Les décors de Christian Taraborrelli, sous les apparences d’une grande simplicité, dévoilent à chaque changement de scène un peu plus de l’inventivité et de l’humour de la scénographie et de la mise en scène. Ainsi, au fur et à mesure que les scènes sont jouées et rejouées, la scénographie et les textes évoluent. Pourtant, malgré les nuances, la conclusion demeure pessimiste. Continuer, il faut continuer à tourner en rond et la ronde devient ici prétexte à une chorégraphie sensuelle des relations amoureuses.

0n pourra par moment être gêné par le portrait peu flatteur que dresse Dimitriadis d’une femme oscillant entre hystérie et rôle accessoire. L’auteur ne se gène pas non plus pour dépeindre les relations sadomasochistes gênantes qui lient le couple formé par Anne Alvaro et Luc-Antoine Diquéro. Les tableaux s’emmêlent et les discours se noient. Seule l’incompréhension et la solitude des personnages persistent. La création de Dimitriadis et de Corsetti ne prétend pas apporter de réponse ; derrière l’absurde, elle dit juste la dureté de l’immuable.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La Ronde du Carré (site web)
De Dimitris Dimitriadis
Mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti
Avec Julien Allouf, Anne Alvaro, Bruno Boulzaguet, Cécile Bournay, Luc-Antoine Diquéro, Maud le Grevellec, Christophe Maltot, Laurent Pigeonnat
Du 14 mai au 12 juin 2010 (du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h, relâche le lundi)

Théâtre de l’Odéon
Place de l’Odéon
75006 Paris
Réservations : 01 44 85 40 40
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