Entre danse et comédie, la Needcompany menée par Jan Lauwers invite à pénétrer un monde fascinant où violence et sensualité se mêlent dans une dénonciation de la cruauté de la guerre.
A la frontière de la fiction et du réel, la pièce trouve son origine dans la mort du frère de l’une des danseuses de la compagnie, photographe de guerre. Le spectacle déroulera le journal de bord fictif de ce dernier. Le premier acte se veut le miroir du quotidien de la troupe : les artistes s’enlacent, se disputent, se vêtissent et se dévêtissent pour se transformer en elfes. Ces elfes peupleront le deuxième acte, plongeant le spectateur dans l’univers à la fois onirique et malsain de la Maison des Cerfs ; cette maison que le photographe décide de rejoindre afin de rencontrer la famille d’une jeune femme qu’il a été contraint de tuer.
« Certains morts sont plus morts que d’autres »
Alternant entre français et anglais, les conversations se chevauchent, l’œil et l’oreille se perdent entre les chorégraphies suggestives des uns et les altercations des autres. Sur une scène aux dimensions panoramiques, il s’avère impossible pour le spectateur de focaliser son attention en un point.
Entre suggestion et explicite, l’érotisme tient une place essentielle dans la création de la Needcompany. La charge politique se base ici sur le parti pris d’allier sexualité et destruction. D’une grande sensualité, les chorégraphies subliment le corps qui s’en trouve parfois réduit à la condition d’objet. Du sexe au charnier, il n’y a qu’un pas, semble proclamer la création en faisant état de la puissance pornographique de certaines images de guerre ainsi que de la propension humaine à la destruction.
Dans la Maison des Cerfs, on tue les animaux après leur avoir massé le cœur afin que leur chair soit plus douce. Ici, les chorégraphies d’une grande fluidité, portées par une brochette d’artistes fascinants, viennent atténuer la douleur du spectateur soumis à l’âpreté de la dénonciation. “Watch out the world is not behind you” déclament les acteurs en détournant les paroles du mélancolique Sunday Morning du Velvet Underground. Si la mort vient toujours trop tôt, elle ne saurait pour autant justifier l’inaction.
De ce spectacle rythmé à l’esthétique irréprochable, ira t-on jusqu’à regretter la trop grande beauté des artistes pouvant donner un aspect aseptisé au déchainement sensuel qui s’abat sur nous ? Peut-être, mais que l’on aime ou que l’on déteste, cette création de la Needcompany ne saurait laisser indifférent. Les réactions contrastées du public confirment la puissance de la charge, tant esthétique que politique, de cette envoûtante Maison des Cerfs.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La Maison des Cerfs (site web)
De Jan Lauwers (texte, mise en scène, images)
Avec Grace Ellen Barkey, Anneke Bonnema, Hans Petter Dahl, Viviane De Muynck, Misha Downey, Julien Faure, Yumiko Funaya, Benoît Gob,Maarten Seghers, Inge Van Bruystegem et Eléonore Valère
Du 7 au 12 mai 2010 à 20h30
Théâtre de la Ville
2 place du Châtelet, 75004 Paris
Réservations : 01.42.74.22.77
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