Le Théâtre du Vieux Colombier de la Comédie Française propose actuellement de découvrir Les Naufragés, pièce de Guy Zilberstein mise en scène par Anne Kessler. Cette création à mi-chemin entre le huis clos et le psychodrame se veut révélatrice des aspects les plus sombres du marché de l’art.

Crédit photo Brigitte Enguérand

A la veille de la vente qui verra s’éparpiller la quasi-totalité des œuvres d’un peintre de renom, cinq individus aux intérêts divergents se retrouvent dans un hôtel de la côte Normande. Autour du bar, se croisent et se heurtent le commissaire–priseur et sa femme, un journaliste et son amie ainsi qu’un galeriste renommé pour sa férocité en affaires. Alors qu’au dehors la tempête fait rage et qu’une petite embarcation semble en détresse, dans l’apparente tranquillité du salon, la tension monte. Les heures passent, les masques tombent et les personnages révèlent une noirceur ou une grandeur d’âme qu’il n’était pas possible de percevoir au premier coup d’œil.

« Je n’aime pas les artistes, je n’aime que l’art »
A travers le parcours de ses « naufragés » Guy Zilberstein propose un divertissement plus profond qu’il n’y parait, questionnant sur la finalité de la création artistique et sur la légitimité de son appropriation.

A la mise en scène, Anne Kessler a souhaité que soit créé un décor à la fois réaliste et visiblement factice, évoquant les masques qu’utilisent les protagonistes pour dissimuler les motivations profondes de leurs actions. Sous sa direction, le jeu des acteurs et notamment celui de Marie-Sophie Ferdane (dans le rôle de l’épouse meurtrie) et d’Eric Génovèse (dans celui du galeriste cynique) se révèle d’une grande intensité sans jamais céder à l’excès.

Sur le fond, le positionnement faisant des tenants du marché de l’art d’ignobles personnages prêtera à sourire ou irritera en fonction des sensibilités de chacun. Ajouté à cela le parti pris clairement discutable de faire des personnages féminins d’innocentes écorchées vives en prise avec un monde trop cruel, il sera difficile de ne pas esquisser un sourire de gène. On regrettera également que les rebondissements qui émaillent la pièce soient à ce point téléphonés.

Malgré la difficulté à trouver l’harmonie entre fond et forme, la pièce de Guy Zilberstein reste un agréable divertissement joué par des acteurs aux qualités indéniables ; au-delà, les partis pris, bien qu’excessifs, méritent d’inviter à la réflexion.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Les Naufragés (site web)
De Guy Zilberstein
Mise en scène d’Anne Kessler
Avec Éric Génovèse, Françoise Gillard, Laurent Natrella, Lansac, Gregory Gadebois, Marie-Sophie Ferdane, et Alexandre Steiger
Du 24 mars au 30 avril 2010 à 20h dimanche à 16h, relâche lundi

Théâtre du Vieux-Colombier
21 rue du Vieux-Colombier, 75006 Paris
Réservations : 01 44 39 87 00/01[/slider]