Les In-différents, ce sont cinq personnages aussi atypiques qu’ordinaires dans leurs différences : “le boulet” aka une rondelette, “un handicapé” aka un bègue, “une étrangère” aka une noire, “un cracheur de feu” aka un fumeur et un “monsieur-madame” aka un travesti. La pièce révèle peu à peu leurs blessures. Pourquoi Vincent s’est-il remis à bégayer en ouvrant son courrier ? Comment Macha, que personne ne reconnaît plus, a pris 25 kilos ? Quelle partie refoulée de la personnalité de Stéphane l’empêche d’arrêter de fumer ? Pourquoi Béatrice refuse-t-elle de parler de ses origines ? Quelle fêlure se cache derrière l’exubérance et les faux seins de Matthieu ?”. Au fil de leurs rencontres, ces cinq “différents” vont surtout apprendre à se connaître eux-mêmes.

On observe la vie de ces cinq jeunes gens qui se débattent avec ce qu’ils sont, combattent le regard de l’autre, essayant de se reconstruire, de trouver leur place dans la société. Une histoire simple, une histoire de tous les jours, une histoire d’hommes et de femmes. Cachoteries, mystères, trahison… Tous ont quelque chose au fond d’eux qui ne demande qu’à sortir. On devient ce que l’on est par son passé, se débrouillant avec le présent. Pour grandir, se libérer à la vie et enfin devenir soir, il faut donc se débarrasser des liens qui nous étouffent, nous emprisonnent dans un soi qui n’est pas le nôtre. C’est ce que vont apprendre les personnages, extrêmement attachants, à travers des situations tour à tour burlesques, touchantes voire déchirantes, mais qui n’a d’égale que la réalité de la vie. Le spectacle est une ronde autour des destins croisés des ces personnages hautement symboliques et de portée universelle, dont le message primaire est l’acceptation de l’autre malgré les différences physiques et culturelles et, plus généralement, les petits travers de chacun.

“Nous sommes tous des indifférents, des omniscients, omniprésents, omnipotents”
Après Epouse moi !, Camille Turlot et Eriz Szerman confirment leur goût pour la comédie musicale intelligente, cherchant autant à divertir le public qu’à le faire réfléchir. Outre la tolérance, Les Indifférents évoque, comme leur première œuvre, les thèmes de l’engagement amoureux et de la quête de soi, mais il le fait avec humour et suivant une trame dramatique progressive et palpitante, ce qui fait que l’on ne s’ennuie jamais. Si le texte est parfois un peu labile, l’histoire un peu fleur bleue, cela ne gâche en rien l’originalité de l’œuvre. La mise en scène parfaite d’un esthétisme délicat et ingénieux, met en valeur toute l’émotion, l’énergie qui se dégage de ce spectacle. La scénographie à base de « boîtes à roulettes » est ingénieuse et supporte parfaitement l’évolution des personnages, les transportant d’un point à l’autre de la ville grâce à des projections vidéo. Devenant accessoires ou décors, ces grands cubes représentent l’enfermement dans lequel les autres, la société, ou soi-même, vous enferment.

Le tout est orchestré par une troupe motivée. Les comédiens-chanteurs ont un indéniable talent. Ils tiennent admirablement leur rôle et savent tout faire. Fort bien préparés, interprétant les rôles et les chansons sans fausse note, ils dégagent une énergie à toute épreuve qui embarquent le spectateur dans une série d’émotions incontrôlables. On pourra noter le petit plus qu’apportent à la pièce Camille Turlot, le “monsieur-madame”, avec sa façon de se mouvoir, son ton cassant, son attitude générale et sa voix puissante, et celle de Fabrice Fara, véritable stentor qui émoustille la plus petite cellule de notre corps simplement humain. Malgré une musicalité et une harmonie parfaites entre les voix (et une chanson devenue rangaine que l’on chante encore longtemps après la sortie du spectacle), on aurait aimé entre un peu plus de duo ou de solo, laissant un joli souvenir marqué au fer rouge dans notre mémoire. Les Indifférents est une œuvre complète, aboutie dans le fond et la forme. Quelque chose de différent qui ne vous laissera pas indifférent.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Les In-différents(site web)
Avec : Virginie Bracq, Nelly Celerine, Emmanuel Curtil, Fabrice Fara, Camille Turlot
Auteurs : Camille Turlot et Eric Szerman
Musique : Eric Szerman
Accompagnement piano : Eric Szerman
Mise en scène : Stéphane Cottin
Chorégraphie : Jeannette Damant
Scénographie : Sophie Jacob
Costumes : Aurore Popineau
Du 10 mars au 18 avril 2010
Du mercredi au samedi 20h45 et dimanche à 16h

Espace Daniel Sorano
16 rue Charles Pathé 94300 Vincennes
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