La marionnette, objet animé avec une intention dramatique

Fruit d’un travail collectif pour le moins impressionnant, cet ouvrage propose pour la première fois une description culturelle, artistique et technique de la marionnette à travers le monde, à travers l’histoire en ses multiples formes et en ses multiples fonctions. De tous temps, elle a partagé la vie de l’homme. Compagnons de fortune sur les routes, disposées dans des charrettes ou dans des malles, elles ont connu en orient ou en occident toutes les tribulations possibles colportant la mémoire du monde. Anciennes ou modernes, elles ont traversées les époques, elles sont intemporelles. Elles sont à la fois modernes et anciennes. Cette contradiction entre tradition et innovation n’est qu’un des aspects de leur singularité. Elles sont mystérieuses un peu comme si elles étaient animées d’une vie propre. Pour illustrer l’objet en lui-même et son intention, il nous faut la métaphore du bunraku japonais qui avant chaque représentation démonte sa marionnette et la remonte avec des gestes précis. Il façonne à nouveau son corps et se concentre sur son âme afin d’atteindre une perfection dans le geste qu’il offrira au public. Mais de quelque tradition la marionnette se réclame, elle doit répondre à des contraintes drastiques.

Les contraintes de création et les évolutions
La taille est une contrainte importante pour le visuel de chaque spectacle. Elle pourra varier en fonction du nombre de spectateurs espérés.

La maniabilité de la marionnette est nécessaire pour assurer une crédibilité à l’ensemble du spectacle. Le poids est lié intimement à sa forme. Ainsi jouer deux heures les mains levées avec une marionnette à gaine n’est pas chose aisée. Le poids est déterminant et chaque gramme gagné est le bienvenu.

La solidité est importante. Les marionnettes reçoivent des coups durant les spectacles. Elles sont malmenées au hasard de leur vie. Il est nécessaire de les entretenir. Ce qui nécessite d’être créer avec des matériaux solides.

Des contraintes de tradition et de codes sont déterminantes pour la création des marionnettes. Le sculpteur javanais n’a pas le choix des couleurs. Elles lui sont imposées par la tradition : le rouge pour la cupidité, l’agressivité et la colère, le bleu et le noir pour la maturité et la sérénité.

L’innovation des matières au fil du temps accroit la modernité des figurines. Le latex a bouleversé la conception même du marché en jouant sur l’expression des visages. Son alliance avec les fourrures et autres tissus synthétiques ont apporté une nouveau du genre. Et comment ne pas souligner ces marionnettes éphémères dont les compositions de fruits ou de fleurs apportent une note poétique et dont les heures sont comptées.

L’objet marionnette ne peut être pensé sans son ombre. La préférence de l’utilisation de l’ombre à son objet témoigne d’une modernité qui ne s’est jamais démentie. Les technologies numériques ont apporté également leur écot à cette évolution.

L’alchimie de la marionnette tient tant au mouvement qu’à la potentialité de la parole. Ce que d’aucun appelle l’intention dramatique.

L’intention dramatique
Elle ne peut exister sans l’animation. Celle-ci fait montre d’une fécondité remarquable en la matière.

Le marionnettiste peut se placer au-dessus. Debout sur un pont, derrière le décor il anime les marionnettes qui sont au bout de suspensions. Ce sont les plus réalistes. Elles ne doivent pas se rencontrer sous peine de les emmêler dans leurs fils. Les marionnettes à fils sont extrêmement difficiles à équilibrer et supposent un rythme lent et une organisation collective soignée.

Le marionnettiste peut se place de côté. Cela nécessite de la robustesse car les marionnettes sont parfois lourdes à manipuler car bien souvent l’énergie et le mouvement tiennent lieu de réalisme. Les marionnettes sont suspendues à une tringle d’où sont reliés que quelques fils vitaux propres à la manipulation de ces marionnettes.

Le marionnettiste peut se glisser en dessous. C’est le cas de la marionnette gantée ou à gaine qui nécessite une position de bras levé entrainant une certaine pénibilité pendant tout un spectacle. Cependant la voix n’est pas pénalisée.

Enfin derrière sa marionnette, le marionnettiste lorsqu’il est montreur d’ombre est invisible. C’est le cas du manipulateur vietnamien du théâtre d’eau qui enfoncé dans l’eau noire à mi-corps, dissimulé derrière un rideau de bambous animent les marionnettes qui flottent à la surface grâce à des tiges horizontales de bambous cachées sous la surface de l’eau.

Chaque spectateur se hasardant à un spectacle de marionnettes risque d’être touché au plus profond de son âme là où l’enfance brille encore de ses mille feux.

Editions l’Entretemps
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