Alexandre Jollien est non seulement un auteur puissant mais aussi un philosophe reconnu. Cette série de lettres publiées en 2006 n’avait pas été conçue pour les planches. C’est le moins que l’on puisse dire car ce texte fort et exigeant peut facilement effrayer les spectateurs. Qu’en est-il de l’attrait ? Le travail de Maryse Hache et d’Olivier Lacut est sobre et efficace.
Alexandre Jollien est un miraculé qui, après avoir échappé à la mort, doit affronter son handicap. Mais il est avant tout un exemple de force et de courage. A travers ses lettres regroupées, on peut lire un combat de la construction. Combat mené contre un instinct profondément humain qui pousse à la destruction et au malheur. Se construire en soi et non plus contre son handicap, se construire sans adversaire par la puissance de l’acceptation. Ce superbe message mérite une belle place sur la scène parisienne.
Un combat profond et intense
Entrer en scène comme on entre en guerre ? Olivier Lacut, qui interprète le texte, nous arrive en combinaison kaki militaire. Et tout au long du spectacle les messages continueront de s’enchainer dans une mise en scène claire et très symbolique. Le choix d’un double costume est assez frappant, l’homme se dégage de son habit guerrier pour devenir lui-même.
L’acceptation ! C’est bel et bien le maître mot et c’est aussi la démarche dans laquelle nous sommes installés vis à vis de l’acteur. Car les choix de direction sont, eux aussi, assez clairs. Le comédien offre un jeu simple, voire éthéré. Et, s’il est très appréciable de constater que le handicap n’est pas sur-appuyé dans le jeu, on se projette difficilement dans cet être à l’expression monocorde. Malgré cela, petit à petit, le spectateur apprend à l’écouter, à faire l’effort de concentration nécessaire et en cela le spectacle est exigeant.
On perd parfois l’attention et l’on vogue dans ce flot de paroles un peu indigeste. C’est généralement à ce moment qu’une phrase, semblant surgir de nulle part, nous captive et résonne. S’il est regrettable que ces échos, ces silences bénéfiques ne soient pas plus nombreux, le rythme est globalement entraînant. La mise en scène donne un recul et une profondeur au texte même si elle force la concentration et manque parfois de finesse. Les symboles choisis sont un peu grossiers et pas toujours immédiatement compréhensibles. Cependant, dès que l’on entre en phase avec la pièce, que l’on se laisse transporter, l’émotion est au rendez-vous. Tout doucement, on prend une leçon de vie et d’écoute. La construction de soi n’est pas un divertissement mais, en tout cas, c’est un moment fort.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La construction de soi (site web)
D’Alexandre Jollien
Mise en scène de Maryse Hache et Olivier Lacut
Avec Olivier Lacut
Les lundis du 8 mars au 14 juin 2010 à 20h
Théâtre des Déchargeurs
3, rue des déchargeurs 75001 Paris
Réservations: 08 92 70 12 28
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