La confusion des sentiments, tirée d’une nouvelle de Stephan Zweig est parue en 1927. Elle a été adaptée par Thierry Debroux et mise en scène par Michel Kacenlelenbogen au théâtre Mouffetard. En relatant cette nouvelle, Stephan Zweig se plait à transmettre sa passion pour l’œuvre de Shakespeare et à travers elle, sa ferveur pour la grandeur de la littérature anglaise de l’époque. Zweig déclara : «La véritable Angleterre, c’est Shakespeare et les Shakespeariens; tout ce qui précède n’est que préparation, tout ce qui suit n’est qu’une contrefaçon boiteuse de cet élan original et hardi vers l’infini. » En décrivant les relations ambigües entre un jeune étudiant et un professeur de philologie passionnés tous deux par Shakespeare, Zweig nous conduit dans les dédales de notre inconscient.
Aux prises avec sa passion naissante pour Shakespeare, un jeune étudiant Roland issu d’une bourgade du nord de l’Allemagne rencontre un professeur féru de lettres anglaises et plus particulièrement de celles du Maître anglais. En s’installant non loin de leur demeure, Roland va faire la connaissance de sa femme. Très rapidement, il va ressentir tout le poids de la relation qui unit le couple. Leurs rapports froids et distants attisent la curiosité du jeune homme alors qu’une fervente admiration nait envers son nouveau mentor. Sa femme par opposition à son mari se réfugie dans la natation afin d’oublier sa condition de femme délaissée. Très vite Roland ressent un trouble envers ces deux êtres sans qu’il puisse comprendre ce qu’il lui arrive. « Rien ne trouble plus puissamment quelqu’un que la réalisation subite de son ardent désir. » (S. Zweig). Roland exalte, au travers de l’enseignement prodigué par son professeur, une admiration et un enthousiasme débordant. Mais il ne peut comprendre que le professeur le repousse parfois violemment. Les bras de sa femme lui offrent les moyens de se consoler de ces rebuffades. Cependant il n’en tirera pas partie et il découvrira que l’objet de son admiration est amoureux de lui. Cette révélation entrainera une confusion des sentiments qui scellera son départ de cette demeure. Freud dans ses écrits a témoigné de la liberté de Stephan Zweig de lever le tabou de l’homosexualité dans une soif du vrai, de l’authentique dans une réussite incomparable pour l’époque. « Nous vivons des myriades de secondes et, pourtant, il n’y en a jamais qu’une, une seule, qui met en ébullition tout notre monde intérieur: la seconde où la fleur interne, déjà abreuvée de tous les sucs, réalise comme un éclair sa cristallisation. » (S. Zweig).
Jeux de miroirs
La scénographie est habilement représentée par des miroirs placés astucieusement et permettant aux personnages d’être présent dès que la lumière point. Mais comme tout jeu de miroirs, les personnages ne sont pas là où on les attend. Tout comme nos désirs les plus secrets, enfouis, dans les méandres de notre inconscient. Le propos engagé et grave de la pièce est servi par une musique lancinante et récurrente qui alourdit quelque peu l’ensemble. La pièce est entrecoupée d’intermèdes shakespeariens où Hamlet et Othello sont représentés comme les doubles faces des personnages qui se livrent sous nos yeux. Pierre Santini interprète avec finesse le désarroi de cet homme déchiré entre la morale et ses principes et la vraie personnalité qui sourd en lui. Muriel Jacobs et Nicolas d’Oultremont ont un jeu sobre et fort crédible. Néanmoins, on regrettera une certaine lenteur du jeu quelque préjudiciable au propos de la pièce. Plus tard, Hanna Arendt écrira que «le monde que Zweig décrit n’est pas le monde d’hier et il ne vivait pas vraiment dans le monde mais sur ses marges». Zweig, c’est en fait un homme pour qui «la littérature n’est pas la vie» mais «un moyen d’exaltation de la vie, un moyen d’en saisir le drame de façon plus claire et plus».
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La confusion des sentiments (site web)
Stefan Zweig
Mise en scène deMichel Kacenelenbogen
Avec Nicolas d’Oultremont, Pierre Santini, Muriel Jacobs
Jusqu’au 30 avril
Samedi à 21h | Mercredi, Jeudi, Vendredi à 20h30 | Mardi à 18h | Samedi à 17h | Dimanche à 15h
Théâtre de Mouffetard
73 rue Mouffetard, 75005 Paris
Réservations : 01 43 31 11 99
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