Après nous avoir éblouis en juin 2009 avec Ali, le trampoliniste et chorégraphe Mathurin Bolze est aujourd’hui de retour au Parc de la Villette pour sa nouvelle création, Du goudron et des plumes.

Il s’agit là d’un plateau suspendu et instable qui s’élève et se balance au grès des éléments. Sur cette plate-forme, cinq personnages en quête de hauteur, cinq naufragés sur un radeau, cinq rescapés d’une catastrophe, cinq réfugiés sur un bout de terre, nul ne sait vraiment. Tous se tiennent, mais l’équilibre est fragile, à mi-chemin entre entre la légèreté d’une plume et le poids du goudron. Dans cette structure, Mathurin Bolze et ses compagnons se débattent, se collent et décollent, s’envolent. Une chose est sûre, cette planche de salut est un leurre. Elle oscille dangereusement, recèle pièges et trappes, se désagrège au fur et à mesure. Le sol se dérobe, les corps glissent, trébuchent, retardent la chute. Parfois, ils se retrouvent la tête en bas, comme dans la très belle scène du « miroir », vieille comme le music-hall mais réinventée ici à la verticale. Et si ces « hommes chauve-souris » retrouvent parfois le plancher des vaches, le répit n’est que de courte durée : la plate-forme s’abaisse et redevient le plafond menaçant qu’elle était, guillotine à l’horizontale prête à décapiter ces êtres rejetés de tout.

Au début de la création du spectacle, Mathurin Bolze revendiquait comme source d’inspiration le roman de John Steinbeck Des souris et des hommes. Au final, s’il n’en reste aucune trame narrative, de nombreux détails subsistent, comme cet air d’harmonica qui revient parfois, ces costumes années 1920, ou encore cette femme en talons aiguilles par qui tout le drame arrive.

Cirque, vous avez dit cirque ?
La poésie et la grâce qui surgissent des spectacles de Mathurin Bolze n’ont échappé à personne, surtout pas au jury de la SACD qui lui a décerné en 2009 le « Prix des arts du cirque ». Du cirque certes, mais bien plus encore. Danse contemporaine, chorégraphies vertigineuses, performance acrobatiques, humour typiquement théâtral… Tout y est, ou presque. Bolze a réussi a créer une véritable dramaturgie mobile dans laquelle prennent place toute la scénographie, les lumières, la musique et les corps. Plus qu’un décor, l’agrès pensé par le metteur en scène est un véhicule à partir duquel, en fonction de ses potentialités, va se construire toutes les histoires et relations entre les personnages. « S’il est suspendu, il oscille et balance, emporté par les mouvements des hommes, les rendant ivres et sans repères, son ballant prend une régularité, il va et vient, sa masse et son inertie percutent et fauchent ceux qui se trouvent sur son chemin, il a la régularité d’une machine et l’insistance des éléments, qui use, effrite, érode. S’il s’élève, c’est un plafond, un nuage lourd et menaçant, un monde déraciné, une terre arrachée, c’est l’esquif des exilés ».

Vivre ici ou ailleurs ? Préférer le calme plat ou le tourbillon de l’existence ? Aucun semblant de réponse, seul subsiste l’interrogation, cette douce oscillation vers l’un, puis vers l’autre, tantôt plume, tantôt goudron. Le spectacle imaginé par Mathurin Bolze est une métaphore vertigineuse des déracinés du monde entier. Un spectacle à voir absolument pour apprécier tout le talent de ce jeune auteur de cirque contemporain ouvert à toutes les expérimentations du genre.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Du goudron et des plumes (site web)
De Mathurin Bolze
Avec Erwan Ha Kyoon Larcher, Mathurin Bolze, Tsirihaka Harrivel, Maroussia Diaz Verbèke, Tom Neal 
Du 15 au 25 avril
Vendredi, Samedi à 20h30 | Jeudi à 19h30 | Dimanche à 16h
Parc Villette – Grande Halle, Salle Charlie Parker
Parc de la Villette, 75019 Paris
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