Il est difficile de trouver les mots justes pour parler d’un tel frémissement scénique. Alors je suis rentré(e) chez moi rénover mon sol est une pièce sans schéma narratif, une pièce sans intrigues ni personnages. Comment définir cet étrange objet théâtral ? Une expérience, assurément, mais peut-on pour autant parler de « théâtre expérimental »?
« Qu’est-ce qu’on construit sur des ruines ? Qui me précède ? Qui est derrière moi ? Que feront-ils de moi quand je ne serais plus là ? » Tant de questions auxquelles la pièce ne répondra pas. Cette création est un ensemble de réflexions des plus quotidiennes aux plus complexes : des histoires, des phrases, des instants partagés directement avec les spectateurs. Cette pièce fluctue entre divertissement et bouleversement, nous parlant avec concret de l’intime.
Un voyage vers l’inconnu
Bing, bang, chtack, pof. Les onomatopées seraient presque plus appropriées que les mots pour parler de cet étonnant spectacle. Cela frappe, cela retombe, cela rebondit, cela prend forme puis se démantèle, cela se construit face à nous. La mise en scène est sobre mais absolument brillante. Elle offre un travail sur la matière et les corps. Les comédiens-personnages écrivent, lisent, courent, font du sport puis s’arrêtent soudain pour nous regarder et nous questionner. Et si ?
Le quatrième mur n’existe tout simplement pas, les comédiens sont partout : devant, derrière, à côté. A peine se dit-on qu’ils sont avec nous qu’ils n’y sont déjà plus. Qu’en est-il des costumes ? Les comédiens portent-ils sur scène leurs vêtements du jour ? Bien que la question se pose, il semble que rien ne soit laissé au hasard. C’est avec une certaine ingéniosité que les metteurs en scène ont choisi le naturel et la simplicité. Le spectateur se sent guidé car tout paraît couler de source et c’est de cette manière que le rythme nous entraine de tempête en calme et de calme en tempête.
Sur le fond comme sur la forme, la déstructuration précise et calculée (feinte?) nous entraine vers un laisser-aller apaisant. Notre écoute est aiguisée, notre sensibilité préparée et le choc retentit. L’équipe est jeune et énergique, la motivation se faufile de l’un à l’autre et l’on ne s’ennuie jamais. Quelques petits moments où le jeu faiblit quelque peu mais un ensemble percutant. Le texte des deux jeunes comédiens Mattias Claeys et Kévin Dez est d’une justesse épatante. Indescriptible et pourtant, s’il fallait formuler l’indicible, je dirais qu’il ne s’agit pas de théâtre expérimental mais d’une forme théâtrale novatrice et exigeante.
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De Matthias Claeys, Kévin Dez
Mise en scène de Matthias Claeys, Kévin Dez
Avec Marion Romagnan, Julien Montagnon, Nadège Guenot, Kévin Dez, Matthias Claeys
Les mardis, mercredis et dimanches à 20h30
Théâtre des Artisans
14 rue de Thionville, 75019 Paris
Réservations : 01 42 49 83 96
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