Par la mise en scène de trois pièces courtes écrites à quatre mains par Dario Fo et par Franca Rame, Stuart Seide propose une réflexion sur l’évolution des mœurs et sur la place de la femme dans la société occidentale.

Alice au pays sans merveilles, Je rentre à la maison et Couple ouvert à deux battants sont les trois textes choisis par le metteur en scène pour mettre en lumière cette Alice sexualisée et désabusée. Elle sera donc l’avatar de la femme ayant pris conscience de sa soumission à des désirs qui ne sont pas siens. Alice ou Antonia, quel que soit le nom qu’elle prend au fil des trois histoires, reste guidée dans son parcours initiatique par trois petites voix suraiguës. Ces trois poupées que l’on dirait tirées d’une rêverie sous LSD tisseront le lien entre ces histoires de femmes (et d’hommes) aux prises avec une société poussant à la reproduction de valeurs paternalistes et clairement machistes : comment une femme peut-elle assumer ses désirs sans être réduite au statut de simple objet de concupiscence ?

crédit photo Brigitte Enguerand

Féminisme etc.
En imbriquant trois pièces évoquant de manière très intime la position de la femme, la création interroge ladite révolution sexuelle. La pudeur cède la place au défoulement et à la remise en question. Entre vaudeville et monologue intérieur, la mise en scène de Stuart Seide se fait mise en abîme afin d’apporter au spectateur un distance supplémentaire dans son analyse. Le décor devient accessoire : on le manipule, on en joue comme pour rappeler que le spectacle, aussi divertissant soit-il, ne vient qu’en appui à la réflexion.

La création de Seide enfonce des portes ouvertes ? Peut-être, mais c’est bien là toute la problématique du mouvement féministe : faut-il grossir le trait au risque de céder à la caricature ou bien taire les inégalités en attendant des jours meilleurs ? Dario Fo (sans doute du fait de l’influence de Franca Rame, sa compagne de toujours) est de ceux qui osent le féminisme jusque dans des contours parfois forcés.

Malgré tout, on est embarrassé et saisi par l’actualité de ces saynètes mettant en scène des personnages évoluant autour de la fin des années 60. L’implication et la qualité du jeu des acteurs accentuant encore la pertinence du propos, il est difficile de ne pas se laisser porter par la création intelligente et pétillante de Stuart Seide.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Alice et cetera (site web)
Textes de Dario Fo et Franca Rame
Mise en scène Stuart Seide
Avec Sébastien Amblard, Chloé André, Anne Frèches, Jonathan Heckel, Anna Lien, Caroline Mounier
Du 9 avril au 15 mai à 20h30
Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt? 75008 Paris
réservations : 01 44 95 98 21 [/slider]