Que l’on soit puissant ou miséreux, l’argent est l’objet de toutes les convoitises ! Encore dans la pénombre, on perçoit ici un ronflement et là une toux. Peu à peu, la lumière naît, et l’on découvre un endroit comme une cave dont un peu de lumière sort d’une fente qui leur permet l’accès à l’extérieur. Ils sont 4. Misérables. Il y a tout d’abord Bariton, ce vieillard qui a perdu depuis longtemps l’espoir. Et avec Hector, plus jeune, on comprend qu’ils sont là depuis un certain temps déjà. Et puis il y a cette jeune femme, parachutée là un peu par hasard, recroquevillée sur elle-même après une soirée trop arrosée. Tel un moineau, voix frêle, les mots se bousculent, les phrases sont inachevées mais la pensée, quant à elle,défile. Et, l’on apprend, qu’elle vit de petits boulots et a laissé ses deux enfants chez une voisine. Dylan, le jeune de la bande, lui, parle avec fougue, s’emporte comme un ado et répète à qui veut l’entendre qu’il a un projet pour les sortir de là. Il porte l’espoir et fait le contre poids avec le doyen, Bariton. Car, c’est bien de cela qu’il s’agit : l’argent. Leur seule issue pour s’en sortir. Dylan, va jusqu’à faire du trafic d’organes et se fait retirer un rein contre quelques billets.

Puis vient un intermède, sous une lumière rouge, où la scène se vide et un plateau descend du plafond. Jolie métaphore du monde des puissants écrasant celui des miséreux. Et l’on voit l’acteur qui interprète Bariton se changer à vue et revêtir un costume d’homme d’affaires.
La deuxième partie donc s’ouvre sur un bureau dans une très grande entreprise, et une dispute éclate entre le grand patron et sa fille. Cette dernière a repris la main depuis qu’il est souffrant. Il y a également le frère qui ne peut supporter cette sœur qui a le contrôle. Et un cadre supérieur en amant secret de la fille. L’argent est évidemment au cœur des conflits. Mais bien plus que l’argent, c’est le pouvoir qu’ils convoitent tous. Sans cela ils n’existent pas. Assoiffés tous de pouvoirs, ils n’hésitent pas à mettre les liens du sang et l’humain de côté.

L’argent roi

Cette pièce vaut le détour. Tout d’abord par la très grande justesse de l’interprétation de ces comédiens. Surtout dans la première partie (le monde des miséreux). Les corps sont totalement investis dans l’action et on y voit un début de bestialité. Et une humanité ressort de ces personnages, on s’attache à eux. De plus, il y a une très belle scène où, l’un des protagonistes lit les gros titres d’un journal qui parle des grands patrons justement. Ils en rient. Parce qu’il ne leur reste plus que cela. Le rire. Face au désespoir. La mise en scène est très propre, claire et surtout elle ne se voit pas laissant le champ libre pour l’interprétation des comédiens. Originale aussi. Lorsque le plateau descend du plafond.

Et puis arrive la deuxième partie. La première scène met du temps à s’installer, et par ce fait, met du temps à nous accrocher. Mais une fois encore, l’interprétation impeccable des comédiens nous fait rentrer dans cette seconde partie. Au fur et à mesure que la pièce défile sous nos yeux, une question nous vient à l’esprit : Ces deux mondes vont-ils finir pas se rencontrer ? Non. Nous avons bien deux pièces distinctes. Et cela pourrait être le bémol. En effet, l’idée de départ est très belle, mais où est la confrontation ? A trop vouloir opposer ces deux mondes, on ne voit pas toujours où veut en venir le metteur en scène.
Alors, oui, on peut trouver certains passages où les deux parties se font écho. Dans la première partie (le monde des miséreux), les rires que déclenche la lecture d’un article parlant des « grands patrons ». Et dans la seconde (le monde des puissants) lorsque le fils s’insurge contre son père à propos de la « fausse compassion » de ces patrons pour les SDF.
Cette pièce, très réaliste, a une incroyable résonance par rapport à la crise financière que l’on connaît depuis à peu près un an. On assiste à la déchéance des uns, à la fulgurante ascension des autres. On en est les témoins. Impuissants.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Puissants et Miséreux (site web)
Pièce écrite et mise en scène par Yann Reuzeau
Marine Martin-Ehlinger, Morgan Perez, Romain Sandère, Damien Ricour, Jean-Luc Debattice, Sophie Vonlanthen 
Jusqu’au 25 avril
les vendredis et samedis à 21h et les dimanches à 19h

La Manufacture des Abbesses
7 rue Véron 75018, Paris
Réservations: 0142 33 42 03
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