Cet ouvrage est tiré d’un colloque qui s’est déroulé en 2007. il a été organisé sous la houlette de Marie-Christine Autant-Mathieu et Christine Hamon-Siréjols. Chaque intervenant (une trentaine environ) apporta un regard particulier sur l’influence de Michaël Tchekhov sur son temps. Auteur, metteur en scène et acteur, il a marqué de son empreinte le théâtre du XXe siècle. On ne peut malheureusement rapporter l’essentiel de ces sensibilités tant la matière est dense et variée. On se contentera d’apporter quelques éléments notables de cet ouvrage.

Stanilavski vs Tchekhov : la rupture
Ancien élève du Grand Maître Stanilavski, Tchekhov immigra aux États Unis après 1928 et coupa toute relation de filiation avec son illustre mentor. Afin d’asseoir sa notoriété outre atlantique, il revendiqua son appartenance au Théâtre d’Art de Moscou. Les désaccords concernent la façon d’aborder la créativité. Moins l’acteur puise dans ses expériences personnelles puis il est créatif. Il y a là un rapport pur d’objectivité avec le personnage. Le personnage n’a pas à « s’accoucher de lui-même. L’acteur doit s’oublier et imaginer le personnage. L’extérieur prend le pas sur le spirituel. C’est là qu’il pourra ressentir le personnage et non convoquer des souvenirs affectifs lui permettant d’incarner le rôle.
Investi totalement dans le théâtre, Tchekhov, bien avant son émigration s’interrogeait sur le nouvel art que représentait le cinéma. Tout d’abord réservé, il réalisa que le cinéma lui offrait le cadre unique de fixer le travail de création lui-même.

Le legs de Tchekhov
L’ouvrage que nous a légué Tchekhov «De la technique de l’acteur » nous livre un certain nombre de règles qui signent sa vision d’un nouveau théâtre. Dépasser le réalisme par son art, franchir ce seuil est le credo qu’il partage avec Anton, son oncle : « la création ne s’inspire pas de ce qui est mais de ce qui pourrait être ; non pas du réel mais du possible. » (Rudolf Steiner). Pour Tchekhov l acteur est l’imitateur d’une image qui se crée dans son imaginaire. Il exclut les notions de personnage et de caractère.

L’imitation de l’image est liée avec le cosmos où l individu prend sa nourriture et sa force. C est pourquoi l’image venue de l’au-delà est toujours riche et dense.
Inclure l’individualité dans un tout est un principe commun à Stanilavski et à Tchekhov. Il faut essayer non pas de comprendre mais de sentir. C est le corps vivant qui doit vivre, réagir car il doit pouvoir s’adapter à toute situation. La question de l’autre, du partenaire, de l’interaction des sensations avec l’autre est fondamentale. Cette théorie de l action physique sera reprise ensuite par Grotowski. Tchekhov a proposé sa coloration de l action. Cette coloration n’est pas le sentiment mais son approche. Une tentative d’arriver jusqu’à lui et de l’éveiller.

Mikhaïl Tchekhov, de Moscou à Hollywood – du théâtre au cinéma
Editions L’Entretemps
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