Stanlislas Nordey (actuellement sur scène dans Ciels de Wajdi Mouawad à l’ Odéon) propose son interprétation de la pièce d’Albert Camus, Les Justes, au Théâtre National de La Colline. Si les réflexions posées gardent toute leur actualité ; la mise en scène, austère et irritante, ne parvient pas à convaincre.

© est Elizabeth Carecchio

A Moscou au début du siècle dernier, un groupe de révolutionnaires projette d’assassiner le grand-duc Serge afin de libérer le peuple russe de l’oppression et de la famine. Yanek Kaliayev est chargé de lancer la bombe qui tuera le souverain tandis que s’affairent et débattent autour de lui Annenkov, Dora, Stepan et Voinov. Jeunes et idéalistes, les protagonistes tentent de trouver un accord entre probité et désirs individuels. Ils cherchent leur vérité entre deux conceptions de la révolution : l’une radicale, l’autre humaniste. Sont-ils justes ou même justifiables ? Camus interroge sans asséner de réponse prête-à-penser.

Minimalisme, ridicule et distanciation
Tandis que la pièce s’ouvre, au sol, un carré lumineux matérialise l’espace de jeu. Entre ombre et lumière, les personnages arrivent dans des vêtements aussi ternes que le décor et une distanciation désagréable s’installe dans l’esprit du spectateur. Dans un ballet de déplacements géométriques sans justification, les acteurs visiblement décontenancés par le travail scénique de Nordey récitent leur texte en mode automatique. Tantôt grandiloquents, tantôt monocordes, ils découpent soigneusement chaque syllabe qui sera parfois accompagnée d’un mouvement dont on ne saisit jamais vraiment la motivation. Impossible de se concentrer sur la portée du texte de Camus tant les acteurs le scandent avec un rythme tout sauf naturel, en conservant un masque inexpressif. De fait, inutile de s’appesantir sur le non-jeu d’Emmanuelle Béart. Pourtant, dans ce carnage général (soit 2h35 durant lesquelles il sera parfois difficile de retenir un rire nerveux), Vincent Dissez, dans le rôle de Yanek Kaliayev, parvient à tirer son épingle du jeu au travers de ses monologues d’une grande justesse. Au final, la mise en scène supposée minimaliste de Stanislas Nordey est parasitée par mille détails risibles. La portée politique et humaniste du texte de Camus est inaudible et le spectateur reste sur le carreau.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Les Justes (site web)
D’Albert Camus
Mis en scène par Stanislas Nordey
Avec Emmanuelle Béart, Vincent Dissez, Raoul Fernandez, Damien Gabriac, Frédéric Leidgens, Wajdi Mouawad, Véronique Nordey, Laurent Sauvage
du 19 mars 2010 au 23 avril 2010
du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30
Théâtre National de La Colline
15, rue Malte Brun
75980 Paris Cedex 20
Réservations : 01 44 62 52 52[/slider]