Le théâtre du Ranelagh nous présente actuellement la botte secrète de Dom Juan, un pastiche de pièces de théâtre de capes et d’épées. Cette pièce fort drôle a été écrite et interprétée par Grégory Bron. Ce spectacle décalé nous offre un personnage savoureux en la personne de Léonard qui tient à la fois d’un Cyrano ou d’un Lagardère en nous entrainant dans les aventures les plus fantasques.
Les comédiens sont déjà sur scène lorsque le public s’installe. L’un d’eux, habillé en costume d’époque nous délivre une musique d’ambiance avec sa guitare électrique. Cette mise en place amorce l’atmosphère de la pièce. Mais qui cherche donc à éliminer Léonard, ce jeune libertin ? On comprend vite qu’il n’y a pas de Dom Juan ! On sait seulement qu’il fut un camarade de fortune du jeune Léonard. En se confiant à Léonie, sa complice, Léonard tente d’élucider cette énigme. Sa dernière conquête Florence de Forienne semble être la piste qu’il entend privilégier afin de trouver les auteurs de cette agression. L’instigateur de ce complot n’est autre que Tancrède de Montdragon, un gentilhomme épouvantablement maladroit, qui jure d’épouser la belle. Le propos pourrait se résumer en cela. Mais nous comprenons vite que l’attrait de cette pièce qui compte bon nombre de combats, ne réside pas sur le fond mais dans la forme.
Cette pièce qui n’a ni queue ni tête s’avère davantage dédiée au féminisme car elle souligne le personnage de Léonie, une jeune femme volontaire et avide d’apprendre à se battre à l’épée. Afin de parfaire une parfaite égalité entre les sexes, elle tente de découvrir la fameuse botte secrète de Léonard. Entre séduction et complicité elle cherche à séduire son héros. De fait le mythe de Dom Juan relève davantage « du partage que de la collection. »
Si on parlait « l’alexandrin » ?
La langue utilisée par Grégory Bron joue avec les alexandrins où se mêlent langage actuel et langage d’autrefois. Accusant ce type de décalage, l’intérêt de la pièce évolue vers une parodie qui enchante les spectateurs. On ne peut prévoir ce qui va suivre. Les rebondissements sont multiples. Les situations des personnages sont ubuesques. L’auteur de la pièce utilise un humour propre à Ionesco afin de faire basculer cette pièce dans l’absurde.
Les personnages discutent, parlementent entre eux alors que l’action est suspendue. Les ennemis s’entretiennent sur des sujets qui n’ont rien à voir avec le cours du jeu lui-même. Une avalanche de gags nourrit cette farce par son originalité. Les personnages s’adressent au public et n’hésitent pas à le prendre à parti. Un comédien est même assis parmi le public. A la surprise générale des spectateurs, il intervient sur scène, se mêlant ainsi à la scène. Cette situation, outre ses vêtements, accroit ce décalage pour le plus grand bonheur du spectacle. Il tente de s’exprimer à son tour sur scène en alexandrins à la manière des comédiens de la pièce.
A travers cette mise en scène subtile, Grégory Bron nous livre quelques messages « contemporains » qui ancrent cette pièce au rang des pièces inclassables. Pour preuve, cet échange entre Léonie et Léonard au terme d’un combat acharné avec un spadassin : « j’te trouve un peu sadique avec les figurants. Ça permet d’limiter le nombr’d’intermittents… ».
Les comédiens jouent juste cette farce sans jamais oublier leur naturel. Il est difficile de distinguer un comédien plus qu’un autre tant le jeu est fluide et agréable. Les combats d’épées réglés au cordeau sont remarquables et les comédiens accomplissent un véritable tour de force en proposant un spectacle d’une telle qualité.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La botte secrète de Dom Juan (site web)
Grégory Bron
Avec Charlotte Rondelez, Virginie Rodriguez, Simon-Pierre Boireau, Jean-Baptiste Guintrand, Grégory Bron, Benjamin Dubayle, Vincent Dubos, Claudia Fleissig
Jusqu’au 28 mars
Du mercredi au samedi à 19h, dimanche à 15h
Théâtre du Ranelagh
5 rue des Vignes, 75016 Paris
Réservations : 01 42 88 64 44
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