Lorsque Verdi nous conte les aventures shakespeariennes de personnages ridicules, c’est une belle leçon de morale qui se dégage de cette farce joyeuse. Un opéra qui est porté par un ensemble remarquable de voix qui s’unissent dans le but d’abattre autrui.
Falstaff est l’ultime opéra de Verdi composé six ans après Otello. Entre ces deux opéras rien de comparable. Maître de la tragédie, Verdi s’élève vers la bouffonnerie, renouant avec le genre comique en travaillant sur un livret écrit par Boito en 1890, inspiré des Joyeuses Commères de Windsor de Shakespeare.
La musique de Verdi offre la splendeur. Magnifiquement dirigé par Daniele Gatti, le Falstaff du Maestro italien éclate dans le Théâtre des Champs Elysées, Un opéra dit mineur qui propose cependant une union parfaite entre le chant et la musique. L’un ne va pas sans l’autre, ils se répondent, se soutiennent, s’envolent ensemble. Là est tout le génie de cette œuvre, un ensemble formidablement équilibré et juste, qui place tous les personnages sur un même plan. et n’autorise aucune erreur de distribution, et ici, nulle erreur : un plateau remarquable où les voix, toutes parfaites sont réunies afin de donner corps, ensemble, à cette œuvre. Il faut donc retenir les performances remarquables d’Anna Caterina Antonacci (Alice Ford) d’Anthony Michaels-Moore (Falstaff) de Cataltin Hulcup (Meg Page) de Jean-François Lapointe (Mr. Ford) de Chen Reiss (Nannetta) …
Un falstaff sans relief
Mais, malheureusement, une mise en scène plate et des décors banals empêchent la magie d’opérer jusqu’au bout. Mario Martone qui signe la mise en scène de ce Falstaff et Sergio Tramonti qui en a réalisé les décors n’ont pas fait preuve d’une grande justesse et encore moins d’une étincelle de réflexion. L’opéra est figé dans une scène vide de sens où l’accessoire est mal daté, mal employé. Un brouhaha d’incompréhensions ridicules vient encombrer le plateau. Le jeu scénique des chanteurs s’en trouve également affecté mais, heureusement pour nous, pas leurs qualités vocales.
Il serait temps que les opéras changent de couleurs. À l’heure où de grands metteurs en scène nous offrent de vraies innovations et une véritable réflexion sur toutes ces oeuvres (Brook, Chéreau, Sellars ou Wilson pour ne citer qu’eux), il est affligeant d’en voir encore certains se complairent dans une telle simplicité scénique et scénographique, contribuant ainsi à “ringardiser” un Art qui recèle encore de tant de splendeurs à découvrir.
Il ne nous reste plus qu’à fermer les yeux pour nous laisser pénétrer par les voix et la musique. Dommage … car l’opéra est cet art magique qui permet à tous les arts de s’exprimer au sein d’une même oeuvre.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Falstaff (site web)
De Verdi
Daniele Gatti, direction
Mario Martone, mise en scène
Sergio Tramonti, décors
Ursula Patzak, costumes
Pasquale Mari, lumières
Orchestre National de France
Chœur du Théâtre des Champs-Élysées
Anthony Michaels-Moore, Falstaff
Anna Caterina Antonacci, Alice Ford
Paolo Fanale, Fenton
Caitlin Hulcup, Meg Page
Chen Reiss, Nannetta
Francesco Ellero d’Artegna, Pistola
Marie-Nicole Lemieux, Mrs Quickly
Jean-François Lapointe, Ford
Raul Gimenez, Dr Cajus
Patrizio Saudelli, Bardolfo
Théâtre des Champs Elysées
15 Avenue Montaigne, 75008 PARIS
Réservations: 01 49 52 50 50
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