Le Festival de l’Imaginaire est né en 1997 à l’initiative de la Maison des Cultures du Monde. Il part d’un constat simple : il n’y a pas une culture mais des cultures. Alors que notre civilisation repose beaucoup plus sur l’importance du texte et du verbe, trouvant ses racines davantage dans la tragédie grecque ou dans la Commedia Del Arte, d’autres cultures d’Asie ou d’Amérique s’expriment par le corps, le chant ou la musique en puisant dans leurs racines ou en se perpétuant depuis des siècles comme avec l’Opéra chinois ou le Kathakali. Lorsque Antonin Artaud découvre le théâtre asiatique à l’exposition coloniale de 1931, s’émerveillant devant des acteurs au jeu extrêmement corporel, il ouvre une voie à ses successeurs : Ariane Mnouchkine ou encore Peter Brook s’inspireront de ces formes nouvelles avec réussite. C’est donc avec cette idée qu’il n’y a pas un théâtre mais des théâtres, pas une référence mais des références que les organisateurs du Festival nous font découvrir des spectacles venus d’ailleurs et d’une diversité incroyable. Et cette année, ils ne sont pas en reste…

Trésors du patrimoine culturel immatériel
La 14ème édition du Festival de l’Imaginaire tient toutes ses promesses et démarre sur les chapeaux de roues en ouvrant le bal avec la légende du Krishnanattam, un théâtre rituel du Kerala (région du sud de l’Inde) ; une forme rare et fascinante habituellement donné dans les sanctuaires et présentée ici pour la troisième fois dans le monde depuis 25 ans par la même troupe. Le personnage central est Krishna, un avatar du Dieu Vishnu, qui, entouré de ses comparses humains, animaux ou monstres, réactive son mythe de la naissance jusqu’a son ascension au ciel. Alors nous entrons dans le sacré ; captivés par les costumes imposants et colorés, par les maquillages surréalistes ; enivrés par le rythme effréné des tambours et des cymbales ; soufflés par des danses à la perfection divine devenant quasiment des transes. Venu de la même région, il faut aller voir le spectacle Maitres du Mohini Attam, de la danse classique du Kerala présenté fin mars.

Dans un autre registre, le Festival a décidé aussi de porter un regard sur Taïwan et sa vie culturelle bouillonnante avec entre autres Portrait of Love, un opéra Kun classique. C’est l’histoire d’un vœu d’amour et de mort entre un brillant lettré et une courtisane mais qui sera mis à mal par la mère de cette dernière. Encore une belle surprise car il y a ici une dimension plus humaine et plus accessible à un public profane que l’Opéra de Pékin par exemple. Bien sûr les chants sont beaux et la gestuelle raffinée mais le plus intéressant c’est cet humour omniprésent qui crée une distance avec le pathos de l’histoire. Et ce par le truchement d’anachronismes drôles ou d’un valet s’exprimant en français comme pour faire un clin d’œil au public. On se croirait presque dans les tragi-comédies de Molière !

Toujours de Taïwan, ne ratez pas début avril Liao Wen-Hao et ses marionnettes magiques, déjà invité en 2006, un spectacle très drôle et familial.
Côté musique, le festival fait la part belle au Moyen-Orient avec trois spectacles de Syrie dont le chanteur Hamam Khairi, la grande voix d’Alep, des bardes de l’Azerbaïdjan ou de la musique ottomane de Turquie. Il convie aussi l’Amérique avec la chanteuse mexicaine Sylvia Maria, le concertiste argentin Nestor Guarnica ou le Blue Glaze Mento Band de Jamaïque. A noter aussi, vers la fin du Festival, la cérémonie des moines tibétains. Et encore bien d’autres joyaux… Bref, encore un beau Festival de l’Imaginaire cette année, devenu incontournable voire même d’utilité publique ! Qu’il continue longtemps à nous ouvrir les yeux sur toutes les cultures du monde…

14ème Festival de l’Imaginaire
Du 3 mars au 25 avril 2010
Tout le programme et tous les lieux sur www.festivaldelimaginaire.com
Infos et Réservation : Maison des Cultures du Monde au 01 45 44 41 42