Le monologue d’un comédien d’exception, Jean Piat, sur le thème du grand âge, dégénère en variations superbes à la Comédie des Champs. Que vous soyez jeune ou vieux, mari ou femme, fils ou grand-père, un bon conseil, ne vous fiez pas à votre âge car il change tout le temps. Et ne comptez pas sur Françoise Dorin pour vous dire le contraire !
Dès l’abord, le personnage se présente un téléphone à la main en homme pressé, en interlocuteur de ministre. Il porte beau, domine le combiné et sonne juste. D’après les premières bribes de conversation, on devine qu’il est sollicité. On lui offre en effet de bâtir un « ministère de la vieillesse et de son sort », et le conférencier accepte, bien sûr, puisque l’idée vient de lui. Comme le public est là, il raccroche et s’en explique.
Un coup de jeune

Il lui doit bien çà d’ailleurs, à ce public aimant, dont on devine à la sortie du spectacle qu’il garde pour longtemps encore une bonne provision de sympathie à la disposition de quiconque l’admire, ce fameux Jean Piat. Et il y a de quoi à vrai dire. Car dès les premières minutes, tout le monde comprend que le facétieux jeune homme n’est guère venu là abriter quelques improbables rhumatismes. S’il est sur les planches, cette fois, c’est avant tout pour s’occuper le plus sérieusement du monde à s’amuser. Or c’est un festival ! L’âge des uns, celui des autres, tout y passe, de Fontenelle à l’abbé Soury en passant par l’usage des sms et les ruses du parler jeune. Il n’est pas un mot qui ne cherche sa petite bête dans les productions de l’esprit de ce diable d’homme qui sait s’appliquer à lui-même l’humour qu’il réserve aux autres. Et si, en début de seconde partie, il est toujours à craindre le spectateur anxieux, celui qui n’oublie pas que la vieillesse est un naufrage etc…, ou tel autre encore toujours prompt malgré les rires à céder au vertige de la compassion, Piat n’en a cure. D’ailleurs il n’est plus à quelques coups d’éperons près et saura lui asséner au hasard de l’humeur la plus cruelle des histoires de secrétaire d’Académie ou le divorce des voisins. Puis il finit en beauté et le rideau se ferme sur un La Fontaine rêveur. « Je voudrais qu’à cet âge on sortit de la vie ainsi que d’un banquet, remerciant son hôte, et qu’on fit son paquet. » Songeait-il alors à ce fameux mythe d’Er de Platon et à ces âmes éphémères auxquelles le ciel offrait, au seuil de la mort, le choix d’ une nouvelle existence ? « Ce n’est point un génie qui vous tirera au sort, concluait l’auteur de la République, c’est vous-mêmes qui choisirez votre génie. » Quant à Jean Piat, nous en sommes convaincus maintenant, il a choisi le génie d’en rire.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Vous avez quel âge ? (site web)
De Françoise Dorin
Mise en scène de Stéphane Hillel
Avec Jean Piat
Jusqu’au 8 mai 2010
Du mardi au samedi à 19h
Comédie des Champs-Elysées
15 avenue Montaigne,75008 Paris
Réservations: 01 53 23 99 19
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