Inspirée de l’œuvre de Tennessee Williams, Wadji Mouawad nous offre à l’Odéon, une création étonnante et inclassable par son originalité et sa force. Mis en scène par Krzysztof Warlikowski et emmenée par Isabelle Huppert, cette œuvre subjugue les spectateurs par le propos et une mise en scène non conformiste.
Si l’histoire de Blanche Dubois défile sous nos yeux tel un fil rouge, Krzysztof Warlikowski a agrémenté cette pièce de textes très éclectiques (de Claude Roy, Gustave Flaubert, Alexandre Dumas à Coluche en passant par Platon et Sophocle) et par des chansons (Jarvis Cocker ou Eric Carmen ou encore Amanda Lear). Cette œuvre oscille entre le spectacle vivant, le spectacle musical ou une réflexion philosophique sur l’existence désincarnée de certaines destinées. Le public devient alors un réceptacle qui ne peut faire le tri de ses émotions. Rien ne peut être dissocié. Tout y est mêlé. On est happé par ce spectacle, comme fasciné.
L’académisme de l’histoire originelle est brisé. Les vivants rodent tels des morts et les thèmes récurrents de la place de la femme dans le couple, de la mort, du désir, de la sexualité sont autant d’invitations lancées au public appelées à partager ces moments forts de l’existence. Le regard de Krzysztof Warlikowski donne une touche moderne à cet érotisme qu’exhalent Stella et Blanche. Cette sensualité est là, présente, palpable jamais vulgaire. « Ce n’est qu’entre l’ultime et l’extrême que l’existentialisme est le plus fort ! » (Michaïl Tchechov). L’œuvre est d’autant plus forte que Blanche, telle une funambule flirte constamment avec le chaos, déchirée entre la fascination et la répulsion de Stanley. La force de cette mise en scène est de plonger le spectateur dans un état où il en ressort à la fois choqué et fasciné.
Le décor qui nous est proposé est une salle de bowling avec ses nombreuses pistes où les quilles sont disposées et prêtes à l’emploi. Côté jardin un lit y figure et un canapé est entreposé côté cour. Un couloir aux vitres transparentes représente une salle de bains avec son lavabo, sa baignoire et ses toilettes. Généralement cet espace est toujours caché. Krzysztof Warlikowski a choisi de le montrer comme ces âmes qu’il décide de mettre à nu. Enfin les comédiens sont filmés et les spectateurs peuvent saisir l’intensité des émotions qui animent les personnages.
La reine Isabelle
Le jeu d’Isabelle Huppert est époustouflant. Elle apporte à son personnage une dimension complexe et puissante qui marque les esprits. Son personnage qui a connu la souillure ne semble plus pouvoir s’en défaire et en fait la marque de son destin. Le viol de Stanley en est l’illustration. La seule éclaircie est le bébé de Stella. Isabelle Huppert, soule déraisonne, crie et hurle les malheurs qui ont jonché sa vie. On vit sa douleur et on la partage. Une vie de calvaire qui se poursuit… Isabelle Huppert en s’attaquant avec succès à un monument de la dramaturgie contemporaine a montré une fois de plus qu’elle était l’une de nos plus grandes comédiennes.
Andrzej Chyra (Stanley) et Florence Thomassin (Stella) sont étonnants de réalisme et subtilité. Leurs personnages, tout aussi complexes que celui de Blanche, apportent des notes diverses variant de l’attachement à la répulsion.
Tout dans ce spectacle nous ramène à un seul et même Tout. L’autre est notre miroir et réciproquement.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Un Tramway (site web)
Tennessee Williams
Mise en scène de Krzysztof Warlikowski
Avec Isabelle Huppert, Yann Collette, Florence Thomassin, Andrzej Chyra, Cristian Soto, Renate Jett
Du 4 février au 3 avril
Du mardi au samedi à 20h
Théâtre de l’Odéon
Place de l’Odéon
Réservations: 01 44 85 40 40
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