Luc et Jean-Marc se retrouvent trois ans après leur séparation. Tout ce qui était impossible à dire au temps de la passion ressort avec humour, sans complexe, et méchanceté parfois. Entre reproches assumés et regrets pudiques, ils passent en revue leurs quatre années de vie commune sur fond d’admiration réciproque.

Luc, nouvelle star de la télé, vient donc trouver Jean-Marc, son ancien amant, professeur et mentor, pour lui annoncer le décès imminent de son père. Cette rencontre va être pour eux l’occasion de parler, comme rarement deux hommes le font entre eux. Après quelques inévitables escarmouches verbales — passé amoureux oblige — le dialogue va s’installer. Commencent alors un ballet mêlant confidences, souvenirs, règlement de compte et déceptions.

Chacun dresse le tableau de sa vie, de ses échecs, sans concession ni se chercher d’excuse, mais en démontrant l’importance de l’image que l’on donne. Celle qui faut préserver pour ne pas choquer. Celle que, par fatigue, lâcheté (diront ceux qui jugent) on finit par accepter pour vivre en paix. Celle qui les oblige à des compromis, à des mensonges et qui les jours de tristesse les conduit à ne plus s’aimer eux-mêmes. « Être quelconque quand on voulait changer le monde, c’est difficile », dit Jean-Marc, admirable prof de lettres à l’Université, qui vit désormais une liaison « raisonnable et contrôlée ». L’un parle peu à peu de « médiocrité » lorsqu’il conçoit avoir vécu par procuration son talent à travers son fougueux et espiègle amant. L’autre avoue son besoin de prendre dans son filet des oiseaux de passages, sans s’évertuer à les contrôler.

Condition d’Homme

« Il y a aussi la façon de concevoir l’amour, le sexe, garder l’odeur de l’autre, explorer et retrouver la géographie du corps aimé ou… prendre une douche et passer au suivant ! ». Deux philosophies de vie amoureuse que tout oppose, et qui a eu raison du couple Luc/Jean-Marc. Il est question de leur homosexualité et de leurs difficultés à la vivre, chacun pour des motifs différents. Mais c’est bien la question de la sexualité – « J’parle pas d’amour là, j’parle d’orgueil » – qui est posée, qu’elle soit homo ou hétéro.

L’amour n’est qu’un des nombreux thèmes abordés dans cette pièce aussi riche que finement écrite. L’homosexualité des deux héros n’est d’ailleurs ici qu’un détail, leurs questionnements sur la vie s’avérant universels. Entre rires et larmes, cynisme et optimisme, violence et sobriété, ce dialogue est avant tout celui de deux êtres perdus au carrefour de leurs espoirs professionnels et amoureux déçus et de quelques perspectives d’avenir plus ou moins radieuses.

Adaptation française des Anciennes Odeurs, pièce du québécois Michel Tremblay, Parfums d’intimité fleure bon la tendresse, l’humour et la modernité. Les deux acteurs jouent avec une incroyable justesse, sans tomber dans la caricature du sectarisme : l’un impétueux et impulsif, l’autre sage et mature. A noter le superbe monologue du prof, qui rêve d’être un écrivain reconnu, face à l’ardeur du jeune Casanova. Touchant, l’émotion et la fragilité l’emportent.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Parfums d’intimité (site web)

De Michel Tremblay

Mise en scène de Christian Bordeleau

Avec Renato Ribeiro et Vincent La Torre

Décor : Grégoire Lemoine

Tous les mercredis à 21h30 jusqu’au 24 février

Théâtre Les feux de la rampe

2 rue Saulnier 75009 Paris

Réservations : 01 42 46 26 19

[/slider]