Avec deux créations, des lectures, des tables rondes, des rencontres organisées avec l’auteur et un projet global de traduction de ses oeuvres inédites, l’Odéon a choisi cette année de soutenir et de faire découvrir ou redécouvrir au public parisien, au titre de grand dramaturge européen de notre époque, l’écrivain et traducteur Dimitris Dimitriadis.

« Nilos et Militssa forment un couple comme on en voit tant. Ils sont jeunes, ils s’aiment, ils vont se marier. Mais quand Nilos annonce la nouvelle à son vieil ami Philon, tout prend une tournure étrange. Philon s’efforce d’abord de dissuader Nilos de fonder une famille, comme si Militssa était une implacable rivale. Puis, devant le refus de son ami d’en écouter davantage, Philon prend un autre ton, inouï, pour prédire à Nilos lui-même, à son épouse et à leurs futurs enfants un destin effroyable: après une période faste où ils connaîtront une prospérité sans exemple, ils perdront tout et sombreront dans la folie, l’inceste, le meurtre et le suicide… »

Un jeu de massacre sans surprise.
Outre un thème rabâché dans lequel se complaît un trop grand nombre d’écrivains de théâtre: le présupposé enfer de la cellule familial fait de tentations incestueuses et de désirs refoulés, et un certain systématisme dans la répétition des mots (et l’on voit par là comme il peut être difficile aussi d’échapper en matière de style aux canons de l’écriture théâtrale contemporaine), Dimitris Dimitriadis possède néanmoins et en tout premier lieu, en tant qu’auteur, une véritable plume: une sorte de langue épurée, précise, à la fois forte et brutale, comme désincarnée. Ensuite, il ne manque pas d’humour et quelques scènes, trop rares, abordées par le meilleur biais et situées en première partie de spectacle, quand les évènements n’ont pas encore complètement basculé dans le tragique, en apportent un témoignage aussi enthousiasmant que convaincant.

Cependant, le spectacle, d’une durée qui dépasse quand même les trois heures, souffre, à mon sens, en son coeur, d’une évidente faiblesse dramaturgique. Car comment croire que l’on va pouvoir maintenir la curiosité des spectateurs en éveil jusqu’à la fin de la représentation si on les avertit dès le premier quart d’heure de tout ce qui va avoir lieu par la suite et que ces dits événements ainsi prophétisés se déroulent en effet et comme chacun peut le vérifier selon cet ordre préétabli, programmé, sans qu’aucun des protagonistes ne puisse ou ne cherche (ou si mollement) à y échapper? Au surplus, le destin tragique qui frappe à la porte de chacun des membres de cette famille, arrive de manière arbitraire, absurde, sans justification concrète ou même d’incident déclencheur. L’histoire prend alors une tournure assez artificielle, vaine, et on finit par se désintéresser totalement d’un récit sans surprise pour ne porter son attention qu’à la distribution, qui, évoluant dans un décor peu inspiré, se révèle, elle, par chance, tout à fait excellente.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Le Vertige des animaux avant l’abattage (site web)
De Dimitris Dimitriadis
Mise en scène de Caterina Gozzi
Avec Pierre Banderet, Laurent Charpentier, Samuel Churin, Brice Cousin,Thierry Frémont, Thomas Matalou, Claude Perron, Faustine Tournan, Maria Verdi.
Jusqu’au 20 février

Ateliers Berthier
Angle de la rue Suarès et du bd Berthier Paris 17e
Réservations: 01 44 85 40 40
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